World Water Week

World Water Week : répondre aux enjeux mondiaux

La World Water Week de Stockholm avait cette année pour thème « L’eau et la croissance durable ». Johann Clere, directeur de l’Open Innovation chez Veolia, constate une évolution positive vers la nécessité d’apporter des solutions collectives pérennes. Interview.

Johann Clere, directeur de l’Open Innovation chez Veolia

Johann Clere

Vous revenez de Stockholm où s’est déroulée la World Water Week, le grand sommet annuel de l’eau. Quel enseignement principal en retirez-vous ?

J’ai d’abord eu le sentiment très fort et positif d’une prise de conscience des grands acteurs privés comme Veolia, de la nécessité de résoudre collectivement les grands défis planétaires autour de l’eau, aux côtés des municipalités, ONG et institutions.

Voulez-vous dire qu’auparavant ce n’était pas encore le cas ? 

J’ai clairement pris conscience, durant ces quatre jours, de l’évolution des mentalités. De nombreuses ONG et municipalités éprouvent le besoin de solliciter le savoir-faire des grandes entreprises en matière de performance environnementale, de gestion des risques et de résilience. Elles acceptent plus facilement aujourd’hui le fait qu’il faille trouver des modèles innovants de création de valeur partagée et de collaboration entre plusieurs acteurs locaux, en particulier sur des boucles courtes d’économie circulaire.

Qu’entendez-vous par création de valeur partagée ?

Créer du profit pour plusieurs parties prenantes simultanément, en s’attaquant à des enjeux sociaux et environnementaux. Aujourd’hui beaucoup d’ONG comprennent que, sans modèle économique robuste, nous ne serons pas capables de démultiplier les bonnes pratiques à grande échelle.

Pourriez-vous nous donner un exemple ?

Réutiliser au maximum ses propres eaux usées pour une municipalité ou un industriel est évidemment une très bonne chose, mais réutiliser les eaux usées traitées de ses voisins ou revendre une eau « seconde génération » comme un co-produit peut-être parfois beaucoup plus pertinent, du point de vue économique comme environnemental.
 
Nous sommes fiers d’avoir participé à la mise en place de l’usine « CERO AGUA » de Nestlé au Mexique. En effet, l'eau extraite et recyclée de ses activités laitières permet une neutralité eau. Nestlé envisage de reproduire cette approche dans d'autres usines dans le monde.
 
Pour aller plus loin, certaines industries extractives sont positives en eau. Ce qui était vu comme un déchet coûteux devient un co-produit très valorisable, en particulier dans les régions à fort stress hydrique.

Les discours prononcés lors de la clôture de la World Water Week démontrent une conscience aiguë des risques liés à l’eau et insistent sur l’importance de bien gérer sa rareté à l’avenir. Mais nous constatons que les solutions tardent toujours à venir. Comme expliquez-vous ce décalage ?

Les solutions et les technologies existent déjà pour répondre à la plupart de ces grands enjeux. Il y a aujourd’hui une meilleure compréhension des risques liés à la gestion de l’eau, mais cela ne suffit pas. Le True cost of Water, que nous avons développé voici quelques années, a permis de conduire le changement des mentalités à cet égard, en monétisant ces risques : un premier bon point. Cela fut vrai surtout pour les industries pétrolières, gazières et papetières pour ne citer que les premiers intéressés. Mais le véritable déclencheur chez les dirigeants des grandes entreprises intervient lorsque les opportunités sont monétisées, comme par exemple la vente de co-produits mais aussi, demain, une meilleure négociation des primes d’assurance face aux risques climatiques.