Ronan Dantec, co-fondateur de Climate Chance 

Ronan Dantec, sénateur de Loire-Atlantique, dresse le bilan de la première édition de « Climate Chance » qui s’est tenue à Nantes fin septembre. Un sommet international dont l’ambition est d’accompagner et de coordonner l’ensemble des actions proposées par la société civile pour relever le défi climatique. Interview.

Ronan Dantec
Ronan Dantec © Franck Tromps

Planet : Pourquoi avoir cofondé Climate Chance, un nouveau venu sur la scène internationale des sommets climatiques ?
 
Ronan Dantec : Parce qu’il y a eu l’accord de Paris. II traduit l’extrême préoccupation de la communauté mondiale concernant la gravité du changement climatique. Il y a une nécessité absolue de stabiliser la courbe des températures moyennes au dessous de 2° C, avec un objectif de plus long terme de 1,5°C. Car les effets se font déjà sentir dans nos vies quotidiennes. Avec un tel objectif de stabilisation devant nous,  seule l’action compte.
 
P : Il existe déjà de nombreuses alliances issues de la société civile mobilisées contre le dérèglement climatique dans le monde. Pour ne citer que les principales, Climate Alliance, Global CompactWBCSD. Qu’apporte Climate Chance ?
 
R.D. Climate Chance est le seul lieu qui rassemble tous les acteurs de la société civile. Jusqu’à présent, il y avait des sommets de collectivités et d’entreprises. Climate Chance est la première rencontre organisée par les acteurs de la société civile, avec la participation des neuf groupes majeurs* reconnus par la Convention Cadre des Nations unies sur le Changement Climatique (CCNUCC).  La déclaration de Nantes, qui a conclu ces journées, est à ce jour la plus largement signée dans l’histoire des négociations sur le climat. Pour cette première édition, le succès était au rendez-vous : 3 000 participants, 60 nationalités.
 
P : Concrètement, durant ce sommet qui s’est déroulé du 26 au 28 septembre dernier, qu’avez-vous proposé ?
 
R.D. Plus de 300 intervenants du monde entier ont présenté leurs actions : une manière d’apprendre de l’autre. Nous avions aussi des réunions de coalitions qui ont rassemblé les acteurs par grandes thématiques (transport, énergie, coopération décentralisée…). Par exemple, la réunion consacrée à la planification territoriale a démontré que la mise en place de solutions de mobilité plus sobres en carbone dans les grandes villes du sud est rentable sur le long terme : d’abord parce qu’elles permettent une réduction des dépenses énergétiques, mais aussi, parce que dans la durée, elles évitent des coûts environnementaux et sanitaires. C’est ce principe que nous allons défendre auprès des fonds climatiques, le Fonds vert pour le Climat en particulier, pour les encourager à financer ce type de projet.
 
 
P : Pouvez-vous préciser le rôle de ces réunions de coalitions ?
 
R.D. Le rôle des réunions de coalitions a été de rassembler les acteurs du secteur et de construire des feuilles de route jusqu’en 2018. La commission emploi par exemple, co-animée par Global Compact et certains syndicats, a décelé un enjeu essentiel : celui de la formation professionnelle sur la transition énergétique dans les pays du sud. Thème par thème, nous avons dégagé quelques dizaines de propositions à porter au niveau international. Un document de synthèse sera bientôt adressé aux États, ainsi qu' aux « championnes du climat » que sont le Dr Hakima El Haité et Laurence Tubiana. Il sera également rendu public.
 
P : Comment ces travaux sont-ils financés ?
 
R.D. Ce sont les acteurs regroupés au sein de ces coalitions qui les financent. Climate Chance s’appuie sur ces coalitions, elles-mêmes impliquées dans les réseaux internationaux. Certaines demandent encore à être renforcées, nous y veillons.
 
P. Pour Climate Chance, le prochain cap, c’est 2018 avec la COP24. Pourquoi ?
 
R.D. Les contributions** des États correspondent actuellement à une trajectoire de 3 / 3,5 °C d’élévation des températures moyennes, loin des objectifs de l’accord de Paris. Elles sont donc très insuffisantes et seront réévaluées en 2018. Tout notre travail, durant ces deux prochaines années, consistera à fédérer les acteurs non étatiques de façon à ce qu’ils puissent émettre des propositions permettant de s’inscrire dans un scénario crédible de « 2 °C ». Nous y travaillerons lors des deux prochains sommets de Climate Chance, à l’automne 2017 et en 2018.
 
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*ONG environnementales ; entreprises et industrie ; gouvernements et collectivités locales ; peuples autochtones ; ONG de recherche et indépendantes ; syndicats ; jeunes du monde ; femmes et monde agricole. Source CCNUCC
 
** Les contributions déterminées au niveau national sont élaborées dans le cadre de la Convention cadre des Nations unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Elles rassemblent les actions envisagées par les États pour lutter contre le dérèglement climatique.

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