Laure Delaporte

LP4Y : Interview de Laure Delaporte

Cofondatrice de Life Project 4 Youth

Pouvoir redonner confiance par le travail

Voici huit ans, Laure et Jean-Marc Delaporte ont décidé de changer de vie au terme de vingt-cinq années de carrière professionnelle. A l’occasion d’un tour du monde d’un an avec trois de leurs cinq enfants, ils ont été frappés par la grande pauvreté et l’exclusion dans de nombreux quartiers de Manille aux Philippines. Un projet solidaire est né en 2009 à l’issue de ce voyage, le Life Project 4 Youth (voir ci-dessous) . Depuis, l’aventure continue.

Planet / Pourquoi avoir créé LP4Y ?

Laure Delaporte / Nous aimons entreprendre. Avec mon mari, nous avons consacré la première partie de notre vie à créer des entreprises. À l’époque, nous voulions amorcer notre parcours de vie différemment et donner du sens à nos actions. Nous avons alors traversé 25 pays en développement pendant un an, essentiellement en Afrique et en Asie, et rencontré beaucoup de jeunes désœuvrés. Nous voulions être à leurs côtés afin qu’ils puissent sortir de la grande précarité, par le travail. Nous nous sommes arrêtés quelque temps aux Philippines. C’est dans ce pays, dont nous nous sentions culturellement proches, que le projet LP4Y a démarré, avec nos fonds propres.

Planet / L’organisation, dès le départ, se fixe des objectifs internationaux. Comment l’avez-vous développée ?

L. D. / En mobilisant d’abord notre entourage, en suscitant l’envie de participer bénévolement à cette aventure solidaire. Depuis 2009, plus de 250 volontaires sont partis avec LP4Y pour accompagner ces jeunes défavorisés sur leur lieu de vie. Le but de LP4Y est d’autonomiser ces jeunes adultes, qu’ils soient en mesure de créer leur propre entreprise ou de trouver un emploi durable. En retour, nos volontaires se nourrissent de ces rencontres humaines positives : ces jeunes sont une source étonnante d’inspiration pour nous. Par ailleurs, les entreprises sollicitées au départ pour nous aider à construire ce projet nous ont vivement encouragés à répliquer le modèle pédagogique que nous avions mis au point aux Philippines.

Planet / Vous avez donc ouvert des centres dans d’autres pays en appliquant le modèle philippin…

L. D. / En 2013, toujours en Asie, nous avons constitué des équipes dans deux autres pays, l’Indonésie et le Vietnam. Le défi était d’y appliquer une matrice pédagogique unique tout en respectant leur diversité culturelle. L’année suivante, nous nous sommes installés en Inde et avons constitué une équipe à New Delhi. Avec le soutien récent de l’Agence Française de Développement, nous ouvrirons bientôt des centres au Népal, au Myanmar, au Bangladesh et au Sri Lanka. À plus long terme, nous voudrions également mettre nos savoir-faire au service des réfugiés au Liban.

Planet / Avez-vous des projets en Europe ?

L. D. / Nous sommes présents depuis peu en Angleterre. Nous voudrions aussi créer un institut de formation en France, en banlieue. L’idée est de réunir l’ensemble des volontaires de LP4Y afin qu’ils partagent leurs expériences et apportent de nouvelles propositions pédagogiques.

Planet / Que vous apporte Veolia en Inde ?

L. D. / La fondation Veolia a, en 2015, contribué à la rénovation du centre de Calcutta (Life Project Center), dans le quartier de Chelta. Elle a notamment financé des équipements professionnels pour nos cuisines-laboratoires. Ainsi, nous avons pu lancer nos deux programmes complémentaires d’écoles de restauration « TOTO1 » et accueillir quinze jeunes dans chacun d’entre eux, dans de très bonnes conditions. La Fondation a ensuite contribué au lancement de deux nouveaux centres à Delhi. À travers le financement du Life Project Money (voir encadré 2), elle a également permis à ces jeunes inscrits dans nos programmes de subvenir à leurs besoins en logement et en nourriture durant leur année de formation. Notre partenariat avec Veolia n’est pas seulement financier, il est aussi humain. L’équipe Veolia basée dans la capitale indienne a souhaité s’engager personnellement en proposant à ces jeunes des modules supplémentaires de formation, afin qu'ils se familiarisent avec le monde de l’entreprise et acquièrent les compétences nécessaires pour décrocher un stage ou un emploi durable. Cette rencontre avec le monde professionnel a donc permis aux jeunes d’avoir une réelle expérience professionnelle. Réciproquement, le personnel de Veolia a découvert un monde qu’ils ignoraient jusqu’alors.

1 “TO gather TOgether”

Retrouvez l'intégralité des contenus du dossier du mois