L’AVENIR DE L’HUMANITAIRE SERA PARTENARIAL

L’avenir de l’humanitaire sera partenarial

L’action humanitaire a toujours eu pour objet de parer à des situations critiques exceptionnelles. Désormais, les crises s’installent dans la durée. L’urgence devient permanente. Aller chercher une expertise, des compétences, de l’innovation auprès du secteur privé s’impose comme une réponse pour les grandes organisations humanitaires confrontées à des défis plus nombreux, plus complexes, plus pérennes.

La dégradation de l’environnement naturel et le dérèglement climatique exacerbent la sévérité des sécheresses et des famines associées, et amplifient la violence des tempêtes et des inondations. L’urbanisation galopante et la démographie en croissance rapide dans bon nombre de pays en développement démultiplient les conséquences dramatiques de ces catastrophes naturelles qui, chaque année, touchent directement 211 millions de personnes. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires1, cela équivaut à cinq fois le nombre des victimes de conflits armés, alors même que ces derniers ne faiblissent pas. À cela s’ajoutent les conséquences humanitaires de l’incapacité de certains États à subvenir aux besoins essentiels de leurs populations.

De l’urgence à la pérennisation de l’urgence

C’est un fait : la frontière entre l’urgence, qui tend à devenir permanente, et l’appui au développement devient de plus en plus poreuse. Aussi les organisations humanitaires doivent-elles se réinventer pour faire face à cette nouvelle donne, au-delà de l’enjeu de la pérennisation de leurs financements.

« Notre priorité est d’être réactifs, souligne Michel-Olivier Lacharité, directeur Logistique de Médecins sans Frontières (MSF). Les modes d’intervention changent et les situations deviennent plus complexes, ce qui requiert davantage de technicité. Prenez les hôpitaux que nous installons… Leur mise en place est assortie de contraintes fortes : la nécessité de traiter l’eau, les déchets, l’air. Ce besoin croissant d’expertise passe par des partenariats, à l’image de celui que nous avons avec la fondation Veolia. »

Parmi les acteurs traditionnels – gouvernementaux, intergouvernementaux, non gouvernementaux –, les entreprises et les fondations s’imposent progressivement dans le paysage humanitaire. La fondation Veolia a noué de multiples partenariats, notamment avec la Croix-Rouge française, l’Unicef et le Haut-Commissariat pour les réfugiés (Nations unies), Médecins sans Frontières et Solidarités International (lire l'interview d'Alain Boinet). La gestion de l’eau, de l’assainissement et des déchets, au coeur des métiers de Veolia, représentent autant de services essentiels aux populations qui en manquent cruellement en période de crise.

« Les crises sont devenues tellement plus violentes que le partenariat renforcé est indispensable pour relever les défis. Le temps n’est plus au travail de chacun dans son silo. Nous devons partager l’urgence en nous appuyant sur des structures plus petites et mobiles », souligne Thierry Vandevelde, délégué général de la fondation Veolia.


L’AVENIR DE L’HUMANITAIRE SERA PARTENARIAL

L’AVENIR DE L’HUMANITAIRE SERA PARTENARIAL


L’AVENIR DE L’HUMANITAIRE SERA PARTENARIAL

L’AVENIR DE L’HUMANITAIRE SERA PARTENARIAL


L’AVENIR DE L’HUMANITAIRE SERA PARTENARIAL

L’AVENIR DE L’HUMANITAIRE SERA PARTENARIAL


L’AVENIR DE L’HUMANITAIRE SERA PARTENARIAL

L’AVENIR DE L’HUMANITAIRE SERA PARTENARIAL

Défis urbains et compétences

« Les ONG sont généralement orientées vers la gestion communautaire ou la gestion de situations en milieu rural. Or, avec l’accélération de l’urbanisation du monde, les catastrophes sont aujourd’hui encore plus dramatiques dans ces territoires où se concentrent les populations. Aussi le modèle de partenariat fondé sur les compétences devient indispensable et permet aux ONG d’envisager de nouvelles actions, beaucoup plus ambitieuses que ce qu’elles pourraient entreprendre seules », analyse Thierry Vandevelde.

Des propos qui trouvent écho auprès de Julien Temple, responsable au Bureau des programmes d’urgence de l’Unicef, à Genève : l’institution intergouvernementale a fait de la fondation Veolia l’un de ses – rares – stand-by partners dans le secteur privé (lire l'interview de Julien Temple). Loin donc de se résumer à un soutien financier pour ses partenaires, la fondation Veolia, à travers le mécénat de compétences, mise sur un modèle de partenariat atypique encore assez peu répandu :

« Dès le départ, nous avons voulu valoriser les collaborateurs du Groupe, résume Thierry Vandevelde. Grâce à leurs compétences techniques et leur connaissance du terrain, nous avons pu renforcer nos missions d’urgence et de développement. Notre fondation est agissante. »

La Fondation s’appuie ainsi sur un réseau de collaborateurs volontaires, réunis au sein de Veoliaforce, « qui n’est peut-être pas numériquement aussi puissante qu’une armée, mais c’est une armée de compétences et d’expertise ! », poursuit le délégué général.

Changement d’échelle et nouvelles réponses

Présente pour sécuriser l’environnement sanitaire suite une catastrophe, par exemple après le passage de l’ouragan Irma dans les Antilles françaises, la fondation Veolia répond aussi à d’autres besoins de ses partenaires : elle s’engage dans des projets de recherche et d’innovation liés aux domaines d’expertise du Groupe : énergie, déchets, assainissement, eau potable. L’objectif : tester des modes opératoires inédits et de nouveaux équipements en situation d’intervention humanitaire.

« Nous nous concentrons sur des domaines où nous apportons une vraie valeur ajoutée, précise Thierry VandeveldeCette stratégie nous permet d’être reconnus internationalement sur certaines thématiques, comme les maladies liées à l’eau. »

La recherche-action à l’épreuve du terrain

Dans le cadre du partenariat Innovation entre la fondation Veolia et MSF, un projet pilote d’alimentation en énergie solaire photovoltaïque a été mené au sud du Tchad pour autonomiser et sécuriser l’approvisionnement énergétique du centre de traitement de lutte contre le paludisme de Moïssala. À l’ouest du Kenya, où MSF conduit un programme de lutte contre le VIH, la fondation Veolia met à disposition une Aquaforce 500, unité de traitement mobile de l’eau, pour alimenter le centre de santé. En 2016, les deux partenaires ont planché sur des latrines à déshydratation destinées à des camps en Ouganda et au Soudan du Sud. Avec la Croix-Rouge française, partenaire historique, la Fondation est partie en avril 2017 dans un camp situé entre Erbil et Mossoul avec l’objectif de former des volontaires du Croissant-Rouge irakien à l’utilisation, en cas d’urgence, de solutions d’alimentation en eau.

Le partenariat avec MSF illustre parfaitement ces évolutions récentes observées dans les modes d’intervention des humanitaires : les deux acteurs s’impliquent dans la lutte contre le choléra dans la région de Kalémie, en République démocratique du Congo, ou encore en Ouganda avec le déploiement et le test d’une station de traitement d’eau d’urgence (Aquaforce 500) dans des camps de réfugiés. En 2015, les deux partenaires ont franchi un cap en s’engageant dans un vaste programme de recherche-action. La Fondation fournit ainsi à MSF des stations mobiles de traitement d’eau et une aide logistique pour le traitement des déchets. Elle soutient des projets pilote d’optimisation et de réduction de l’empreinte énergétique, en recourant notamment à des solutions permettant la production d’énergies renouvelables.

Missions d’intérêt général

La fondation Veolia intervient là où s’expriment les besoins, même si le Groupe n’a pas d’activité dans le pays. « Nous travaillons pour l’intérêt général, rappelle Thierry Vandevelde. Nous établissons ainsi une réelle confiance avec nos partenaires, y compris gouvernementaux. Ils savent qu’ils peuvent compter sur nous, même et surtout quand tout va mal. Ces actions génèrent des retombées positives pour l’entreprise compte tenu de la cohérence de nos interventions, en lien étroit avec les métiers de Veolia. » De là à confirmer que les modes d’intervention traditionnels d’urgence sont dépassés, il n’y a qu’un pas, que franchit Michel-Olivier Lacharité : « Même si notre coeur de métier est de répondre aux premières phases de l’urgence, nous devons aussi envisager des solutions plus pérennes. Il est important d’innover pour trouver des solutions de nature à répondre aux nouveaux défis techniques, notamment en milieux urbains.
C’est d’autant plus important pour une organisation telle que MSF, qui a fait du professionnalisme dans ses actions une exigence. Le partenariat qui combine soutien financier et mécénat de compétences nous permet cette innovation de terrain. » Une position partagée par Thierry Vandevelde : « Au regard des crises de très grande ampleur qui s’annoncent, les réponses à apporter ont changé d’échelle : nous avons besoin de nous renforcer et de mener à bien la réflexion stratégique sur notre organisation. Notre mécénat technique et les réponses de terrain que nous apportons démontrent leur efficacité. C’est le bon modèle pour répondre à l’urgence humanitaire. Tout comme c’est le bon modèle pour l’aide au développement. »

L’action humanitaire et son financement

À fin octobre 2017, l’appel à financement des Nations unies s’élève à 23,6 milliards de dollars pour répondre aux besoins des quelque 101,2 millions de personnes – sur 141,1 millions en attente d’assistance dans 37 pays – affectées par les conflits et les catastrophes naturelles. Il s’agit à ce jour du plus important appel de fonds humanitaire jamais lancé. À date, les bailleurs de fonds ont répondu à hauteur de 11,3 milliards de dollars, permettant de couvrir 48 % des besoins. Restent 12,3 milliards de dollars à trouver…
Les appels de fonds ne cessent d’augmenter depuis plusieurs années, et la somme réclamée par l’ONU pour 2017 représente près de trois fois celle de 2011 (7,9 milliards de dollars).

Source : « Global Humanitarian Overview 2017 – Status Report - June 2017 », United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs

En savoir plus :

> Aquaforce500 : station de traitement d'eau d'urgence

 

1. Bras du Secrétariat de l’ONU chargé de rassembler les acteurs humanitaires pour intervenir de façon cohérente dans les situations d’urgence.

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