Aux Pays-Bas, l’eau saumâtre sera-t-elle l’avenir de l’eau potable ?

Crédit photos : Sipa 

À La Haye, aux Pays-Bas, l’eau est si pure que les habitants la boivent sans traitement. Elle est même l’ingrédient principal de la bière Heineken. Issue des nappes phréatiques situées sous les dunes de Scheveningen, la station balnéaire voisine, elle est filtrée naturellement depuis des siècles par le sable des dunes. 

Mais sous l’effet de la pression démographique que connaît le pays, et des conséquences déjà visibles du changement climatique, sécheresse et vagues de chaleur, cet approvisionnement naturel ne suffit plus. Une solution existe : produire de l’eau potable en dessalant l’eau saumâtre, cette eau légèrement salée impropre à la consommation humaine, présente en abondance dans les nappes souterraines. 

Dunea, un distributeur d’eau, et Waternet, un gestionnaire public de l’eau, ont lancé des projets pour dessaler cette eau par osmose inverse, c’est-à-dire en la filtrant sous haute pression à travers une membrane très fine. Une technique déjà utilisée par Veolia dans huit pays où le groupe possède des usines de dessalement. À Sur en Oman  par exemple, sa filiale SIDEM a construit une usine d’une capacité totale de 110 000 m3 par jour, qui est exploitée depuis 2016 par la filiale locale de Veolia Middle East. 

Dunea va dessaler l’eau saumâtre d’une bulle d’eau située sous les dunes de Scheveningen et utiliser l’espace obtenu pour y stocker des réserves d’eau douce. Cette eau présente un avantage : elle est mieux protégée par la législation environnementale que celles des polders, ces terres gagnées sur la mer, drainées et cultivées, qui connaissent de fortes pollutions provoquées par les produits phytosanitaires. 

Ce projet a obtenu en juillet 2020 un financement européen de 3 millions d’euros, dans le cadre du programme LIFE. En cas de succès, Dunea appliquera sa technique tout le long des côtes néerlandaises et belges, qui comptent de nombreux sites où se mêlent eau douce et eau saumâtre. 

Un projet test pour l’environnement

À l’intérieur des terres, le Horstermeerpolder, un polder historique à mi-chemin entre Amsterdam et Utrecht, est une autre zone pilote où Waternet envisage de pomper l’eau saumâtre souterraine. Le projet, d’un coût de plusieurs millions d’euros sur trois ans, servira à prouver la viabilité des techniques de pompage et de purification de l’eau saumâtre combinées à un traitement sécurisé de la saumure issue de la désalinisation. Le tout sans effets secondaires indésirables pour l’environnement, tels que l’abaissement du niveau de la nappe phréatique autour des puits.

Si les tests sont concluants, Waternet prévoit de produire trois à cinq millions de mètres cubes d’eau potable par an en dessalant jusqu’à six millions de mètres cubes d’eau saumâtre. L’expérience pourrait être exportée dans d’autres deltas du monde. 

Reste une question cruciale pour les deux projets : que faire de la saumure issue du dessalement ? Pour Dunea, ce reliquat peut être rejeté directement dans la mer, à condition de modifier la législation. Waternet prévoit de l’acheminer vers une station d’épuration où il sera dépollué et déversé dans le canal Amsterdam-Rhin, jusqu’à la mer du Nord.

D’autres solutions existent pour réduire au maximum l’impact du rejet de saumure concentrée dans l’environnement. Le groupe Veolia, par exemple, pratique selon les sites l’enfouissement dans des puits profonds, l’évaporation forcée dans des bassins de rétention, ou encore l’évapo-concentration. 

Source : 

« Brackish water as a solution to the growing demand for drinking water », Innovation Origins, 15 octobre 2020: innovationorigins.com/brackish-water-as-a-solution-to-the-growing-demand-for-drinking-water/

Le dessalement, une solution environnementale d’avenir pour Veolia: www.veoliawatertechnologies.com/fr/applications/dessalement