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14 mars 2019

Veiller au bon bilan environnemental des biocarburants

Les biocarburants d’origine végétale utilisés dans les transports constituent de sérieuses alternatives aux carburants issus des énergies fossiles. Reste le problème du bilan environnemental des procédés agricoles actuellement mis en œuvre pour les produire.

« Difficile de produire un biocarburant affichant un bon bilan environnemental », constate David Tilman, professeur d’écologie à l’université de Santa Barbara et co-auteur de l’étude*. En effet, la production de biocarburants conventionnels recourt largement aux cultures intensives telles que le maïs, le soja, la canne à sucre… aux pratiques peu vertueuses : utilisation massive d’engrais azotés, forte consommation d’eau…
 
Pendant dix ans, D. Tilman a donc exploré d’autres moyens de générer de la biomasse sans provoquer d’effets secondaires. Il a ainsi découvert que l'herbe des grandes plaines du Midwest pouvait fournir une meilleure récolte de biomasse. Et contrairement aux cultures annuelles sur des sols relativement peu profonds, les racines des herbes vivaces stockent le carbone dans la terre, offrant un avantage environnemental supplémentaire.
 
En outre, cultiver une diversité de graminées vivaces sur des terres devenues stériles et abandonnées par l’agriculture comporte de nombreux avantages : pas de concurrence avec la culture alimentaire, moins d’émissions de gaz à effet de serre liées au défrichage potentiel, la restauration des services écosystémiques et des habitats faunistiques. Pour autant, dans le cas de sols pauvres en éléments nutritifs, certains traitements agricoles pourraient s’avérer intéressants. Les chercheurs ont ainsi évalué la quantité optimale d’engrais et d’irrigation pour fournir la plus grande quantité et diversité de biomasse.
 
Conclusion : la quantité ne fait pas la qualité. « Nos résultats indiquent que les avantages et les coûts environnementaux varient selon les niveaux d'intensification », précise Yi Yang, chercheur à l'Université du Minnesota et co-auteur de l’étude. Effectivement, des traitements modérés - avec un faible taux d'engrais azoté et un faible apport en eau d'irrigation - génèrent de meilleurs rendements en biomasse et en stockage de carbone, soit le double de ceux des parcelles non traitées. À l’inverse, les parcelles traitées de manière plus intensive présentent une augmentation de 30 % des émissions de gaz à effet de serre, une lixiviation des nitrates multipliée par 10 et une perte de biodiversité de 120 % supérieure à leurs consœurs modérément traitées. « Pour que des cultures durables puissent être intensives, il s’agit d’adapter les pratiques aux sols, au climat et aux espèces végétales d’une région afin d’optimiser leurs multiples atouts environnementaux.", conclut-il.
 
 
*Yi Yang, David Tilman, Clarence Lehman, Jared J. Trost. Sustainable intensification of high-diversity biomass production for optimal biofuel benefits. Nature Sustainability, 2018; 1 (11): 686 DOI: 10.1038/s41893-018-0166-1

© ®Valinco / SIPA