Antilles françaises

Entretien avec Nicolas de Saint-Martin

Directeur en charge du suivi des DOM auprès du Secrétaire général de Veolia Eau France, était au coeur de la cellule de crise Veolia mise en place au siège du Groupe dès la veille du passage d’Irma.

Avec un mois de recul, quelles images et impressions subsistent ?

Nicolas de Saint-Martin

Nicolas de Saint-Martin

Directeur en charge du suivi des DOM auprès du Secrétaire général de Veolia Eau France

Celle d’une crise majeure, car c’est un ouragan qui a touché deux îles qui avaient peu de moyens pour faire face à ce type de catastrophe. Celle de l’éloignement physique, qui a rendu difficiles les interventions d’urgence et limité les communications. Celle encore d’une absence d’eau douce sur les deux îles, qui a rendu inadaptées les unités mobiles classiques et obligé à trouver des unités de potabilisation de l’eau de mer. Celle des salariés de Veolia sur place et de leurs familles, eux-mêmes victimes d’Irma et de ses conséquences… Des gens dévoués à 100 % mais aussi en état de choc… et pourtant mobilisés 20 heures par jour ! Celle enfin de l’insécurité, avec les vols d’équipements et de fournitures – groupes électrogènes, chlore… –, qui nous ont contraints à demander le soutien de l’armée pour sécuriser nos différents sites. Dans ce chaos, je vois deux autres facteurs plus favorables : une population assez réduite et concentrée (50 000 personnes environ sur les deux îles au moment de l’ouragan) et une mobilisation immédiate des équipes d’intervention d’urgence.

« Sur place, les collaborateurs de Veolia, bien que victimes d’Irma et en état de choc, se sont mobilisés 20 heures par jour ! »

Comment fonctionne la cellule de crise ?

Une cellule de veille classique a été installée le 5 septembre, en prévision de l’arrivée d’Irma. Dès le 6, toutes les compétences dont nous avions besoin ont été réunies : la fondation Veolia, des experts en gestion de crise de l’activité Eau de Veolia en France, les directions des Opérations, de la Communication, des Ressources humaines, de la Sécurité, des Risques et Assurances ainsi que les personnels des filiales du Groupe présentes sur place. Depuis, la cellule de crise se réunit tous les jours et a construit une réponse adaptée à l’urgence. Ainsi, après avoir évalué les besoins, nous avons identifié les potentiels problèmes et les solutions à mettre en oeuvre. La cellule de crise est pour moi un endroit unique où l’information circule bien, où l’on priorise les actions… L’implication professionnelle est totale et toutes les énergies dirigées vers un seul objectif : répondre à l’urgence et rétablir une situation normale dans les meilleurs délais.

Quel est votre rôle dans ce contexte hors du commun ?

Nous sommes là pour aider ceux qui sont en première ligne à supporter le choc. Cela consiste notamment à mettre en place une cellule d’assistance psychologique, à organiser les rapatriements nécessaires et les envois de renforts, à communiquer des messages accessibles à tous, à nouer une relation de confiance et transparente avec les cellules de crise de l’ensemble des acteurs mobilisés, à structurer la prise de décision. En bref, à fluidifier les relations entre toutes les parties prenantes et faciliter le travail des collaborateurs sur le terrain. C’est, in fine, un concentré des fonctions support au service des opérationnels. Finalement, cette période se révèle fatigante et exigeante mais aussi intense. Des collaborateurs sont venus spontanément rejoindre les volontaires de la Fondation pour mettre leurs compétences au service de l’entreprise. C’est dans ce type de situation extrême que l’ADN de Veolia se montre au grand jour et révèle la fierté pour nos valeurs…

(Entretien réalisé début octobre 2017)

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