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23 janvier 2020

L’eau en Europe : comment mieux contrôler sa qualité ?

La directive-cadre sur l’Eau (DCE)1 ambitionne le « bon état2 » écologique et chimique des masses d’eaux au sein des pays de l’Union européenne pour 2027. Adoptée en 2000, des scientifiques proposent aujourd’hui de la modifier, en avançant des solutions pour mieux garantir son bon achèvement.

Quelque 100 000 substances chimiques finissent dans l’environnement terrestre et les milieux aquatiques. Les indicateurs actuellement utilisés par la DCE peinent à tracer ces pollutions de plus en plus complexes à traiter. Alors que les effets cocktail des mélanges de substances potentiellement toxiques s’avèrent chaque jour plus préoccupants pour la santé du vivant, l’enjeu de la DCE est clair : redonner aux masses d’eau de l’UE (lacs, rivières, sources, nappes phréatiques…) la qualité suffisante pour permettre à tous de vivre dans un environnement sain.

 

Les chercheurs du centre Helmholtz pour la recherche environnementale (UFZ)3 veulent repenser les normes environnementales liées à la qualité des masses d’eau. Ils demandent également de mettre à jour la liste des substances prioritaires, 45 à ce jour, que la DCE doit surveiller. En sachant que toutes les agences de l’eau des pays membres devront impérativement respecter l’objectif final de la DCE, dès 2027, sous peine d’amendes.

 

Werner Brack, chimiste de l’environnement à l’UFZ et coordinateur du projet « Solutions »4, explique ainsi que c’est l’effet d’une substance et non sa simple présence qui peut faire basculer l’équilibre d’un écosystème. La liste des substances prioritaires ne devrait donc pas se limiter à établir des normes mais répertorier les principaux impacts de ces substances. « Nous pourrions alors surveiller celles actives du point de vue hormonal et mutagène, sans pour autant disposer des détails les concernant. » Enfin, poursuit le Dr Brack, « nous pensons que la mise à jour des substances que la DCE doit prendre en compte est incomplète : la liste actuelle ne contient qu’une faible proportion de polluants chimiques présents dans les masses d’eau. »

 

L’équipe de chercheurs de l’UFZ émet une série de recommandations5, comme autant d’outils et de services destinés aux décideurs et autres parties prenantes. L’idée : mieux considérer la surveillance, l’évaluation, le diagnostic et les effets cumulés de ces mélanges de substances en privilégiant une approche globale de la pollution. 

 

 

La directive –cadre sur l’eau  (DCE) ou the EU Water Framework Directive (WFD) a été adoptée en 2000 par le Parlement et le Conseil européens.

 

2 La notion de « bon état »  des masses d’eau consiste à respecter des normes de qualité environnementale définies dans le cadre de cette directive-cadre européenne. Elles ciblent un certain nombre de substances dites prioritaires. Pour en savoir plus : « Définition du bon état », source Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie 

 

Helmholtz Center for Environmental Research.

 

4 The Project Solution a pour finalité de mieux déceler les polluants émergents dans les sols comme dans les eaux (de surface et souterraines). Il a été financé pour 5 ans par l’Union européenne, à hauteur de 12 millions d’euros dans le cadre du 7eprogramme-cadre pour la  recherche et le développement technologique (FP7, 2007-2013). 

 

5« Solutions for present and future emerging pollutants in land and water resources management. Policy briefs summarizing scientific project results for decision makers », Environmental Sciences Europe, september. 2019. 

 

© Christoph Hetzmannseder