De la STEP au champ, le granulé qui transporte les nutriments

Au Canada, dans l’Ontario, Veolia produit un engrais issu de l’économie circulaire, Nutri-Pel, riche en nutriments, qui permet d’amender le sol.
Et, qui plus est, s’avère être une véritable alternative économique aux engrais chimiques aux prix élevés !
L'essentiel
Enjeu
Transformer un déchet – les boues de station d’épuration – en une matière valorisable.
Objectif
Protéger les sols, tout en favorisant l’agriculture.
La réponse Veolia
Concevoir, produire et commercialiser un fertilisant agricole de qualité, économique, facile à utiliser, riche en nutriments et en matière organique.
Published in the dossier of décembre 2019

Dans la province canadienne de l’Ontario, l’hiver s’installe de fin octobre à mai, figeant ainsi la terre cultivable pendant de longs mois. Une course s’engage alors pendant la période propice pour faire pousser au plus vite et tenir le rythme de deux récoltes annuelles. La clé de la rentabilité : bénéficier de sols fertiles. Si le recours aux engrais chimiques est encore largement répandu, leurs alternatives plus naturelles rencontrent un succès grandissant. C’est ce qui a incité Veolia, dans sa station d’épuration (STEP) d’Ashbridges Bay, à produire un engrais un peu particulier, nommé Nutri-Pel.

Avec Vegetal Signals, les plantes sont sous monitoring

Les plantes parlent. Elles communiquent entre elles sous diverses formes. À travers par exemple les micorhizes, des liens entre les racines et les champignons, à la manière des réseaux neuronaux chez l’homme. Ou encore en envoyant des signaux électriques, modulés en fonction du jour ou de la nuit, de la température ou encore de l’hygrométrie. Pour mieux intercepter cette forme de langage, l’enregistrer en temps réel et l’interpréter, la start-up bordelaise Vegetal Signals utilise des techniques empruntées aux neurosciences. Elle a ainsi mis au point un système de capteurs connectés compilant chaque jour une grosse masse de données. À ce jour, elle a pu identifier un marqueur spécifique du stress hydrique et développer un dispositif expérimental d’irrigation contrôlé directement par la plante. Sur la même longueur d’ondes, Sede est devenu actionnaire en 2018 de cette jeune société et participe depuis début 2019 à ces travaux de recherche. Avec un objectif à terme : fournir des outils d’aide à la décision permettant aux agriculteurs de moduler très finement (en termes de quantité et de localisation) l’irrigation, les doses de produits phytosanitaires ou encore les apports en fertilisants. En réponse à la demande émise… par la plante elle-même.

Des résultats rapidement visibles

Les boues issues de la STEP sont chauffées à haute température pour être transformées en granulés, riches en nutriments et en matière organique. « Ce projet illustre parfaitement la philosophie de Veolia en matière d’économie circulaire. Une matière considérée comme un déchet est transformée en produit commercialement viable et très intéressant pour l’utilisateur final », constate Michael Vujicic, le manager du projet.
Un constat partagé par Marj Jewell, éleveuse de bovins dans la région. « Lorsque nous avons récupéré la ferme, le sol était très pauvre. Alors que nous cherchions
des solutions pour l’enrichir, j’ai rencontré les promoteurs de Nutri-Pel, un produit dont je n’avais jamais entendu parler. Apprenant d’où il venait, j’ai longtemps hésité… Mais les arguments écologiques m’ont convaincue et nous nous sommes finalement lancés. Aujourd’hui, les résultats sont là. La terre est plus riche et le volume de foin a beaucoup augmenté. C’est un bon produit et j’en suis ravie ! »

Des effets à long terme

Le fertilisant est également très adapté aux pâturages. « Lorsque nous utilisions du fumier, les vaches devaient être évacuées de la pâture car elles pataugeaient dans la boue. Qui plus est, nous devions composer avec de nombreuses restrictions, comme l’interdiction d’épandre près des habitations. Avec les granulés, nous pouvons épandre partout, et même en présence des vaches ! », souligne Paul Purser, le responsable des ventes pour Nutri-Pel au Canada. Un produit qui présente également l’avantage d’être plus économique que les engrais chimiques : de 25 à 35 % moins cher que l’engrais MAP (Mono-ammonium phosphate), par exemple, pour une quantité identique de nutriments. En outre, Nutri-Pel apporte des minéraux supplémentaires et de la matière organique. Laquelle nourrit les micro-organismes du sol, augmente la capacité de rétention de l’eau et limite l’érosion. Enfin, les nutriments sont libérés progressivement et les agriculteurs constatent des effets dans les deux à trois ans.

Une sensibilisation indispensable

Aujourd’hui, Veolia produit et vend 25 000 tonnes de Nutri-Pel par an. Toutefois, il a fallu beaucoup informer et dialoguer pour faire accepter le produit. « En 2007, lors de la mise en service de l’usine, nous vendions 5 000 tonnes par an. Un véritable défi pour le responsable des ventes et du marketing que je suis, se souvient Paul Purser Les agriculteurs gardaient de mauvais souvenirs des produits à base de biosolides vendus jusque dans les années 1990, dont la qualité était déplorable. » Leur principal motif d’inquiétude : la présence de métaux lourds. On sait pourtant aujourd’hui qu’à des concentrations naturelles certains sont utiles au développement des plantes. Le zinc par exemple est utilisé aux premiers stades de croissance de la plante. De plus, de nouvelles normes garantissent la très faible quantité de métaux dans le sol à long terme. Enfin, des contrôles sont effectués deux fois par mois dans l’usine pour vérifier que les standards sont respectés. Ainsi, les quantités de 11 métaux sont mesurées, de même que celle de nutriments comme l’azote et le calcium. À l’issue des nombreux échanges organisés sur le produit, les agriculteurs ont commencé à l’utiliser puis ont été rapidement convaincus.
Aujourd’hui, Nutri-Pel est tellement plébiscité que Veolia peine à répondre à la demande. Très satisfaite de l’opération, la ville de
Toronto renouvelle actuellement le contrat avec Veolia pour la production de granulés durant les 10 prochaines années.

 

Chiffres clés

75 commandes par an
50 à 1 000 tonnes de Nutri-Pel par commande
25 à 40 % d’amélioration du rendement (et du revenu) constaté par les utilisateurs