Return to my selection
18 décembre 2018

Le bitcoin mettra-t-il en péril l’objectif de l’accord de Paris sur le climat ?

Une étude, publiée par Nature Climate Change début novembre, alerte sur la débauche d’énergie que provoquerait le développement de cette cryptomonnaie. En totale contradiction avec l’accord de Paris signé par 176 pays lors de la COP 21 en 2015.

Une équipe de chercheurs de l’Université d’Hawaï* estime que le Bitcoin, à lui seul, a émis 69 millions de tonnes de CO2 en 2017. Même s’il ne représente que 0,3 % des 314 milliards  de dollars annuels de transactions monétaires dématérialisées dans le monde, le déploiement massif de la technologie « blockchain »** sur laquelle il repose pourrait faire grimper la température de la planète au-dessus de 2°C d’ici seize à vingt-deux ans ; « tout dépendra de la rapidité de la diffusion de cette technologie et du volume des transactions dans les deux prochaines décennies, » précise l’étude.
 
L’obligation de confirmation et de validation des transactions monétaires est la cause principale de cette débauche d’énergie, selon les chercheurs. Les calculs informatiques qu’impliquent ces deux opérations pour chaque transaction coûtent 5 centimes de dollar par KWh, et génèrent 0,7 kg de CO2 par KWh.
 
«  Ces calculs ont tendance à s’effectuer dans les pays où l’énergie est la moins chère, et donc produite à partir principalement de sources d’énergie fossiles. » Des solutions restent possibles, avance l’équipe scientifique. Le développement des énergies renouvelables à grande échelle pourrait ainsi réduire d’autant l’empreinte carbone du Bitcoin, de même que de nouvelles technologies liées aux opérations informatiques de sécurisation des transactions, plus économes en énergie.
 
Pour l’heure, rappelle l’étude, qui s’appuie sur quatre modèles climatiques***, le rejet dans l’atmosphère de 231,4 à 744,8 gigatonnes d’équivalent CO2 s’ajoutant aux 584,4 déjà cumulés (2014) suffirait à ne plus tenir l’objectif de l’accord de Paris. Et les cryptomonnaies pourraient contribuer à franchir ce seuil fatidique.
 
 
* “Bitcoin emissions alone could push global warming above 2°C”, Camilo Mora, Randi L. Rollins, Katie Taladay, Michael B. Kantar, Mason K. Chock, Mio Shimada & Erik C. Franklin. Nature Climate Change 8, 29 octobre 2018
 
** Le Bitcoin est une monnaie électronique dont la particularité est de s’affranchir de toute autorité centralisée qui confirme les transactions, comme le font les banques. Chaque transaction est consignée dans un registre décentralisé qui la valide et la garde en mémoire : la blockchain. Ce registre est tenu par des personnes qui effectuent des calculs informatiques complexes gourmands en énergie, afin de sécuriser et valider les transactions.

*** Modèles développés par le CMIP (Coupled Model Intercomparison Project) qui regroupe les résultats des modèles climatiques globaux ; ils prennent en compte les données climatiques de l’océan et de l’atmosphère.

© Revierfoto - actionpress - REX - Shutterstock