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19 septembre 2019

La survie des grands singes (primates) à l’épreuve du dérèglement climatique

6% des mammifères terrestres seraient durement affectés par les cyclones, 23% d’entre eux par la sécheresse. Et parmi ces mammifères, les primates seraient particulièrement vulnérables aux impacts du dérèglement climatique. Une étude scientifique publiée dans la revue Nature (1) sur les 607 taxons (espèces et sous-espèces) de primates du monde dresse un état de lieux de leurs fragilités face aux conditions climatiques extrêmes.

On savait déjà que 60 % des espèces de primates étaient sur le point de disparaître sur Terre2, durement touchées par les activités humaines. Mais, assurent les auteurs de l’étude, la menace climatique devient un facteur aggravant, encore peu pris en compte par les défenseurs de l’environnement, ou les primatologues. Certaines espèces de grands singes deviennent encore plus vulnérables, particulièrement les sifakas (Propithecus), les lémuriens, les langurs et autres espèces de primates vivant dans la région néotropicale 3.
 
Sur les 607 taxons étudiés, une centaine se révèlent durement frappés par les impacts causés par les cyclones et 134 par la sécheresse. Dix-neuf taxons seraient impactés par la jonction de ces deux phénomènes climatiques extrêmes.
 
Les primates de Madagascar (10 à 20 % seulement de leur habitat naturel restent intacts) seraient particulièrement victimes des cyclones. Des 100 taxons recensés, 6 % pourraient ainsi disparaître rapidement, 30 % seraient en danger de survie et 40 % plus modérément affectés. Ceux vivant en Asie4 souffriraient davantage de la sécheresse : des 176 taxons étudiés dans cette zone, 1 % risquerait quasiment l’extinction rapide, 15 % se trouveraient durement fragilisés et 17 % le seraient mais dans une moindre mesure.
 
La collecte de ces données et leur traitement s’appuient sur une approche scientifique fondée sur les caractéristiques (trait-based approach) morphologiques et fonctionnelles des espèces étudiées. Trois critères sont associés pour caractériser leur vulnérabilité : l’exposition, la sensibilité et l’adaptation aux impacts climatiques.
 
D’après les auteurs, ce travail de collecte et de traitement devrait aider les spécialistes à mieux hiérarchiser et cibler leurs efforts. Il y va de la sauvegarde de l’écosystème vital à la survie des plus proches parents biologiques de l’homme dans le monde animal.
 
 
1 « Global assessment of primate vulnerability to extreme climatic events », Lyubing Zhang, Eric I. Ameca, Guy Cowlishaw, Nathalie Pettorelli, Wendy Foden & Georgina M. Mace, Nature Climate Change, juin 2019.
2 « Impending extinction crisis of the world’s primates: Why primates matter », Science Advance, janvier 2017
3 La région néotropicale est une écozone (ensemble d’écosystèmes caractéristiques d’une aire biogéographique) qui réunit l’Amérique centrale et du Sud, les Antilles et les îles Galapagos.
4 L’étude précise les principales zones où les primates sont le plus en danger en Asie : les forêts humides de la péninsule malaise, Sumatra, Bornéo du Nord et le Sri Lanka

© CATERS_SIPA