Enfants Karo jouant sur les rives du fleuve Omo.

Galerie

Des arbres et des hommes

En Éthiopie plus qu’ailleurs, hommes et arbres sont étroitement liés. Remparts contre la désertification, lieux de rencontre et de commerce, matière première de construction… les arbres sont un des piliers des modes de vie ancestraux des différentes ethnies photographiées par Juan Manuel Castro Prieto. Des traditions bouleversées par la modernité. Aujourd’hui, l’Éthiopie se préoccupe de ses arbres : une grande campagne de reboisement est en cours, qui a connu son apogée le 29 juillet 2019 avec près de 350 000 arbres plantés en une journée, selon le gouvernement. Objectif : 4 milliards d’arbres supplémentaires pour la fin du mois d’octobre. Reste à vérifier l’efficacité d’une telle campagne : lors de précédents reboisements, la plupart des arbres plantés étaient morts faute d’entretien. Alors qu’elle comptait 40 % de surfaces boisées il y a un demi-siècle, l’Éthiopie n’en abrite plus que 15 %.

Bio

Juan-Manuel Castro Prieto a commencé à prendre des photos en 1977. Il est autodidacte, mais a longuement étudié le travail de maîtres à travers des livres et des expositions. Il photographie en toute liberté, préférant travailler sur les thèmes de son choix qu’il propose ensuite aux journaux. Sa seule condition avant de répondre à une commande : avoir carte blanche pour photographier le thème concerné à sa façon. Parce qu’il aime s’atteler à des projets au long cours, il travaille constamment sur plusieurs sujets en même temps. Certains lui prennent ainsi 10, 20, voire 40 ans…

La pellicule argentique pour fixer la lumière éthiopienne

Juan Manuel Castro Prieto

Ce ne sont pas les arbres qui ont d’abord motivé Juan Manuel Castro Prieto, mais les hommes, car les modes de vie ancestraux le fascinent. Mais les arbres se sont naturellement imposés à lui. D’abord pour des raisons environnementales, car la déforestation est une de ses grandes préoccupations. Mais également pour des raisons artistiques.

« Leurs formes donnent une personnalité singulière », observe-t-il.

L’Éthiopie n’est pas nouvelle pour le photographe. Il y a effectué de nombreux voyages et ce reportage s’inscrit dans un travail beaucoup plus large sur ce pays, réalisé entre 2005 et 2017 : « La relation que l’Homme entretient avec son environnement, en l’occurrence avec les arbres, est pour moi essentielle et source d’inspiration. » Si les discussions étaient quasi impossibles avec les personnes photographiées, à cause de la barrière de la langue, les relations ont néanmoins été fortes, pleines d’empathie : dans les regards, les sourires et les petites phrases.

« Ce qui m’a le plus surpris, souligne-t-il, c’est qu’en dehors des coutumes et des modes de vie, le “noyau” fondamental des peuples autochtones est le même que le nôtre, il n’existe pas de différences intrinsèques majeures. »

Juan Manuel Castro Prieto a, lui aussi, un côté un peu « ancestral » : il travaille uniquement avec du film argentique, utilisant notamment un appareil grand format traditionnel (20 x 25 cm) lorsqu’il a tout son temps.

« Le film argentique couleur permet d’obtenir des teintes beaucoup plus belles, explique-t-il, surtout avec cet appareil photo très particulier, qui offre une gamme de couleurs extraordinaires. »

Il scanne ensuite le négatif pour lui donner la teinte finale. Le résultat est saisissant : des photos d’une incroyable beauté, qui témoignent d’un mode de vie plus lent, plus paisible, plus collectif que le nôtre. Mais aussi de sa fragilité.