Des « litres de lumière » qui changent la vie des populations précaires

Published in the dossier of mai 2020

Bio

Le photographe italien Sergio Ramazzotti, âgé de 54 ans, en a déjà passé trente comme photoreporter, notamment en zones de guerre. Pourtant, il n’a pas étudié la photographie, puisqu’il possède un diplôme d’ingénieur en aéronautique... Après avoir travaillé pour une agence photo à Milan, puis pour un journal appelé Gulliver, il est devenu freelance dans les années 2000, collaborant à des titres tels que le Spiegel, le New York Times, et plusieurs journaux italiens. Avec trois collègues, il a fondé l’agence Parallelozero à Milan, qui produit également des documentaires pour la télévision. Plus que les photographes, ceux qui l’inspirent sont les grands peintres.
« Aucun photographe n’utilise la lumière comme le Caravage ou Vermeer, aucun n’a le sens de la composition de Vélasquez ! », admire-t-il.

Un milliard de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’électricité. Parmi elles, beaucoup vivent dans des bidonvilles. Pour éviter aux résidents de ces habitations de fortune - souvent dépourvues de fenêtres - de rester dans le noir toute la journée, l’ONG « Liter of light » (un litre de lumière, en français) propose un montage facile à réaliser à partir d’une bouteille en plastique pour créer une source de lumière. Le principe est simple : faire un trou dans le toit, le plus souvent en tôle ondulée, de façon à pouvoir y insérer une bouteille remplie d’eau. La lumière du soleil se reflète dans l’eau, offrant ainsi un puits de lumière équivalent à une lampe de 55 watts.

Cette installation a ensuite été perfectionnée pour proposer au plus grand nombre les bienfaits de l’électricité. En y ajoutant une LED, des composants électroniques, un tube et un panneau solaire, il est possible d’éclairer une pièce d’environ 15 m2, pour un coût d’une dizaine de dollars. Certains composants peuvent même être recyclés à partir de vieux postes de radio ou de téléphones portables. Des bénévoles de l’ONG « Liter of light » se déplacent jusqu’aux villages les plus reculés pour apprendre aux habitants à fabriquer et entretenir ces  « lampes ». Le photographe Sergio Ramazzotti a suivi une de ces équipes aux Philippines.

Sergio Ramazzotti La photo, une rencontre humaine

C’est à l’occasion d’un reportage à Manille que Sergio Ramazzotti a découvert, par hasard, son premier « Liter of light ».

« Cette solution très simple, que chacun peut réaliser chez soi, était une vraie révolution, améliorant de façon incroyable la qualité de vie de milliers de personnes », se souvient-il.

Marqué par cette expérience, il décida, une dizaine d’années après, d’accompagner Illac Diaz, le fondateur de l’ONG, et ses collaborateurs à travers les villages reculés des Philippines et de réaliser un reportage complet sur le projet. Pour Sergio Ramazzotti, l’aspect technique de la photographie est secondaire. Il privilégie avant tout la légèreté et la bienveillance :

« Les images qui ont fait l’histoire du photojournalisme, comme celles de Robert Capa, ont été prises avec des boîtiers ridicules par rapport aux technologies actuelles. Elles sont pourtant éternelles et incroyablement puissantes. C’est cela que je cherche. La photo, c’est essentiellement rentrer dans une relation profonde et empathique avec une histoire et ses protagonistes. »

Il prend donc le temps de passer à chaque endroit au moins une journée sans son appareil, à discuter, à partager le thé.

« Pointer l’objectif vers quelqu’un est un acte de violence, rappelle-t-il. Il faut être délicat et respectueux, et s’intéresser sincèrement à ce qu’il dit. »

C’est seulement ainsi que les photos seront justes.