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4 décembre 2019

Le défi du financement des infrastructures d’eau en Afrique du Sud

Lors de la récente édition du symposium sur l’eau à Johannesburg (1), les débats se sont concentrés sur la nécessité de capter et acheminer l’eau sur le territoire national, pour répondre ainsi aux besoins des populations en matière d’eau potable et d’assainissement.

« La plus grave des menaces en matière de sécurité de l’eau n’est pas tant sa disponibilité, de nombreuses sources d’eau existant à l’échelle nationale, mais bien son accès et son coût2», constatait le docteur Beason Mwaka, directeur du département des eaux et de l’assainissement d’Afrique du Sud3
 
Depuis quelques années, l’Afrique du Sud est confrontée à des sécheresses à répétition qui ont amené les autorités à imposer des restrictions d’eau draconiennes, notamment en 2018 dans la métropole du Cap4. Pour autant, les spécialistes conviés au symposium s’accordaient à dénoncer une gestion de l’eau encore bien peu efficace. 
 
« Nos sources d’eau douce sont souvent éloignées de toute concentration urbaine », précise Beason Mwaka. Il est donc urgent de bâtir des barrages de retenue afin d’acheminer l’eau. »  Une mesure qui a un prix qu’il faudra se résoudre à payer pour éloigner la menace de graves pénuries à venir, comme le prédisent certains observateurs : dès 2030, le pays pourrait en effet se retrouver dans l’incapacité de répondre aux besoins de sa population, de l’industrie et de l’agriculture.
 
D’autant que les experts estiment que, lorsqu’un meilleur accès à l’eau sera possible, la demande augmentera mécaniquement. Aussi, capter d’autres sources d’eau ou encore ponctionner les nappes souterraines ne suffira pas à répondre à cette nouvelle demande sociale : il semble important alors de réfléchir aux techniques de désalinisation. Outre son acheminement, la qualité de l’eau doit aussi être garantie, ce qui engendre des coûts supplémentaires. D’autant que le traitement de l’eau pour pallier les pollutions chroniques est également à anticiper, « comme la présence d’eau acidedans la nappe phréatique de Gauteng, une province située au nord-est de l’Afrique du Sud », soulignait encore Beason Mwaka.
 
Récemment récompensée du Stockholm Water prize2019 pour ses importantes contributions dans le domaine de la gestion globale des fleuves et rivières, la scientifique sud-africaine Jackie King6, présente au symposium, a offert son aide afin d’établir un plan de gestion de bassins et organiser un modèle social et environnemental à l’échelle du pays. Une proposition qui pourrait s’avérer un atout précieux, face à l’ampleur de la tâche qui attend l’Afrique du Sud.
 
1La 20e édition du Waternet Symposium on the management of fresh water resourcess’est tenue à Johannesburg du 30 au 1ernovembre 2019
2Un récent rapport émanant de l’ International Water Management Institute (IWMI) estime que, pour répondre aux  besoins nationaux en irrigation (extension territoriale, mise en place des infrastructures et opérations de maintenance), quelque 68 milliards de dollars USD seront nécessaires.
3Department of Water and Sanitation, DWS
4Principale cause de cette pollution de l’eau : le drainage minier acide  (anciennes mines d’or). Source « South Africa’acid mine water pollution risks lives. »
Voir « Pénurie d’eau à Cape Town : le « jour zéro » aura-t-il lieu ? », Planet News du 22 mai 2018.
6Le Stockholm Water prize, créé en 1991, est devenu la référence mondiale dans ce domaine. Il récompense des réalisations remarquées dans l’utilisation durable et la protection des ressources en eau de la planète. Source https://www.currentschoolnews.com/fr/mise-%C3%A0-jour-des-bourses/prix-de-l%27eau-siwi-stockholm/

 

© Themba Hadebe - AP - SIPA