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26 décembre 2019

L’industrie du cannabis et la gestion difficile de ses déchets solides

Depuis la légalisation du cannabis en Amérique du Nord1, la jeune industrie de cette plante psychotrope se développe. Et comme toute industrie agricole, sa production génère de volumineux déchets solides, considérés comme dangereux. Leur traitement s’avère donc compliqué, compte tenu de la très haute surveillance réglementaire dont fait l’objet cette drogue. Des solutions sont avancées pour mieux adapter leur statut, afin de les recycler ou de les valoriser plus efficacement à l’avenir.

En Amérique du Nord, les États autorisent progressivement l’usage du cannabis à des fins médicales et/ou récréatives. Le Canada l’a légalisé en 2018 pour des raisons thérapeutiques. L’État de Washington, après avoir autorisé son usage fin 2014, prévoit le doublement de sa production  d’ici à 2020, et trois fois plus dès 2025. Le business du cannabis est en plein essor outre-Atlantique. 

 

Mais les déchets résultant de la production et de la vente de cette drogue augmentent d’autant plus rapidement que leur statut, très encadré, ne facilite pas l’efficacité de leur gestion : difficulté réglementaire de leur élimination comme de leur recyclage pour des raisons de sécurité, voire de trafic illégal lorsqu’il s’agit de récupérer la substance activeencore présente.

 

À ce jour, chaque État dispose d’une, voire de plusieurs agences qui réglementent et contrôlent, chacune à leur manière, l’élimination ou le recyclage de ces déchets. Mais ce manque de cohérence législative induit un effet pervers : l’augmentation des rebuts, en totale contradiction avec l’objectif de la loi fédérale3, qui ambitionne d’en réduire le volume de 50 % dès 2020 ! 

 

Ainsi, entre 2014 et 2017, l’État de Washington a produit 771 tonnes de déchets liés à la production et à la commercialisation du cannabis, parmi lesquels on trouve des déchets organiques (tiges et racines), des matériels d’extraction et de solvants et des emballages hautement résistants « à jeter ». Au Canada, les producteurs de cannabis ont déjà détruit 400 tonnes de déchets organiques, avant même la légalisation de 2018, et sont inquiets : que faire d’eux alors que leur poids est appelé à décupler ?

 

Pour l’heure, lorsqu’ils ne sont pas incinérés, les déchets du cannabis sont mélangés pour moitié à d’autres matières (organiques et inorganiques) et ainsi valorisés en compost. Mais cette solution est très complexe à réaliser et onéreuse, « car il est impératif que ces déchets sous contrôle soient totalement dénaturés. Cela nous coûte très cher », précise Amy Andrie, propriétaire d’une officine de vente de cannabis dans le Colorado. 

 

Le Colorado est d’ailleurs l’un des premiers États à avoir mis en place un système de traçabilité qui permet ensuite d’orienter les rebuts vers les filières d’élimination ou de valorisation/recyclage autorisées. Le Colorado a aussi mis en place un vaste programme de reprise et parfois de recyclage (Take-back program) des matériels liés à la consommation et au transport de la drogue : vaporettes, emballages et autres plastiques associés. 

 

« En 2014, dans le Colorado, la législation portait uniquement sur des questions de sécurité et de sûreté. Aujourd’hui, avec cinq ans de recul et d’expérience, nous maîtrisons mieux ce marché. Mais il est temps de se doter d’une législation fédérale mieux adaptée aux enjeux environnementaux », conclut Amy Andrie. 

 

Dès 2014, le Colorado puis l’État de Washington sont les premiers à obtenir des autorités fédérales le droit de vendre le cannabis dans des magasins accrédités, en quantités limitées et pour un public adulte. Une trentaine d’États ont suivi depuis. Source : « Aux États-Unis, le «business» du cannabis légalisé en plein essor », Le Figaro, décembre 2017

Après sa floraison, le cannabis rend une substance blanche appelée tétrahydrocannabinol (THC),un psychotrope chimique. Source « Qu’est-ce que le cannabis? », drogues et dépendances.fr

3Senate Bill 1383

4Enfouissement et incinération pour leur élimination, méthanisation ou compost pour leur valorisation.

 

© Dolores Ochoa/AP/SIPA