Plaidoyer pour une stratégie mondiale de lutte contre le choléra

Choléra : interview avec Ibrahim Mayaki

Président du GAAC et secrétaire exécutif de l’agence de développement de l’Union africaine, le Nepad (New Partnership of Africa’s development)

Plaidoyer pour une stratégie mondiale de lutte contre le choléra

L’Alliance globale contre le choléra (Global Alliance Against Cholera – GAAC) est une plateforme internationale consultative. Elle est née en 2010, en réaction à l’épidémie qui a frappé Haïti après le tremblement de terre du 12 janvier. La crainte d’un retour en force et planétaire d’un des pires fléaux du XIXe siècle a conduit progressivement l’OMS à réactiver sa « Global Task Force » pour le contrôle du choléra (GTFCC), au sein de laquelle sont régulièrement sollicités les experts du GAAC. Ibrahim Mayaki, président de l’Alliance, explique sa stratégie.

Pourquoi avoir créé une alliance internationale pour lutter contre le choléra ?

Ibrahim Mayaki

Ibrahim Mayaki

Il n’existait pas de plateforme associant à la fois le secteur public et privé, le monde académique et des fondations qui se consacrent à la question du choléra. L’originalité du GAAC est de créer une alliance multi-acteurs composée de personnalités reconnues pour la qualité de leurs travaux, offrant ainsi à l’Alliance une visibilité optimale aux yeux des grandes institutions internationales. Sans être opérationnelle, l’Alliance élabore des méthodologies pour combattre le choléra.

Y a-t-il une divergence d’approche entre l’OMS et le GAAC sur la stratégie à mener pour lutter contre le choléra ?

Je dirais plutôt que nos stratégies sont complémentaires. Sans être opérationnelle, l’Alliance élabore des méthodologies pour combattre le choléra, tandis que l’OMS compte avant tout sur les vaccins pour répondre aux crises. Notre objectif est différent : nous privilégions le développement des infrastructures sanitaires.

C’est pour cette raison que la fondation Veolia est membre du conseil exécutif de l’Alliance ?

Effectivement. La Fondation tire son expertise du savoir-faire de Veolia, de ses métiers dans la gestion des services essentiels que sont l’eau, les déchets et l’énergie. Cela nous aide à définir des méthodologies réplicables dans d’autres pays comme le Tchad, le Niger…

Vous proposez des méthodes ou programmes éprouvés sur le terrain ?

Absolument. Le travail mené sur le terrain pendant de nombreuses années par la fondation Veolia et l’ensemble des épidémiologistes en République démocratique du Congo a permis de comprendre les facteurs déclencheurs de la maladie, à commencer par ceux liés à la qualité de l’eau et de l’assainissement.

Comment travaillez-vous ?

Avec une telle plateforme multi-acteurs, capable de proposer des méthodes réplicables, nous disposons d’un plaidoyer très efficace pour rallier d’autres acteurs comme les fondations Rockefeller ou Hilton et promouvoir ainsi une logique de synergies. Nous instaurons ensuite des collaborations étroites avec l’OMS mais aussi les États – comme les ministères de la Santé publique, de l’Assainissement… –, ou encore l’Organisation panaméricaine de la santé pour l’Amérique du Sud.

En quoi le GAAC et les actions sanitaires menées sur le terrain contribuent-ils au développement de l’Afrique ?

Avec tous ces acteurs, non seulement nous répondons aux crises mais nous organisons la prévention et agissons pour le développement. Nos activités nourrissent ainsi l’agence de développement panafricaine – le Nepad – et l’aident à définir des programmes d’éducation et d’apprentissage. Un soutien précieux pour déployer des centres d’excellence dans la gestion de l’eau, dans des domaines aussi variés que l’irrigation ou les infrastructures urbaines, au niveau des 52 pays africains où nous intervenons.

Stabilité politique et pérennité des solutions vont-elles de pair ?

Les solutions durables demandent une stabilité politique, c’est évident. Néanmoins, le travail de terrain mené en République démocratique du Congo ces dix dernières années, avec les multiples acteurs locaux et internationaux, a été très positif. Ça avance, malgré les difficultés. Par exemple, jusque-là, les services de la gestion locale de l’eau ne travaillaient pas avec les services de santé. Les amener ensemble sur le terrain a permis de construire des partenariats, de tisser des liens solides. C’est fondamental d’agir ainsi, en disposant de la bonne méthodologie, si l’on veut à terme éliminer le choléra.

 

En savoir plus :
Global Alliance Against Cholera And Other Water borne disease

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