Charles-édouard Vincent

Les Lulus, des Parisiens aux mille talents

Charles-Édouard Vincent, fondateur de Lulu dans ma rue, ex-professeur affilié à la chaire Social Business, entreprise et pauvreté à HEC

Charles-Édouard Vincent

Charles-édouard Vincent

Charles-Édouard Vincent est un homme d’expérience. Grâce à sa formation initiale d’ingénieur (Polytechnique et École nationale des ponts et chaussées) et ses premières expériences professionnelles comme cadre dirigeant dans l’économie numérique, il connaît bien les rouages de l’entreprise. En 2007, il fonde Emmaüs-Défi, un chantier d’insertion pour lutter contre la grande exclusion. Quelques années plus tard, il crée Lulu dans ma rue à Paris. Aujourd’hui l’entreprise est une réussite et son fondateur nous en explique la raison.

Planet / Vous avez fondé Lulu dans ma rue en avril 2015, un pari osé à l’époque. Trois ans après, ce projet est une réussite. Comment l’expliquez-vous ?

Charles-Édouard Vincent / Nous avons beaucoup de chance parce que Lulu dans ma rue est un projet qui séduit. Il s’adresse à des personnes éloignées de l’emploi, parfois au bord de l’exclusion, mais aussi à tous ceux, qui, pour une raison ou une autre, cherchent des compléments de revenu. Cela génère de l’activité locale et renforce les liens entre les habitants d’un même quartier. C’est la raison pour laquelle nous avons pu nous appuyer sur des premiers partenariats solides, qui nous ont permis de lancer ce projet à Paris dès 2015.

Planet / Quels ont été vos premiers partenaires ?

C.-É. V. / La fondation Veolia a été l’un de nos tout premiers soutiens financiers. Je les ai rencontrés à l’été 2014 et c’est encore aujourd’hui un allié indispensable ! Nous sommes régulièrement en contact avec des représentants de la Fondation. À plusieurs reprises, nous avons pu profiter de leurs précieux conseils et bénéficier d’un mécénat de compétences. Notre entreprise s’est aussi considérablement développée grâce au soutien de la Mairie de Paris, à celui des mairies d’arrondissement où nous installons nos kiosques, et à l’intérêt de nombreux Parisiens pour les valeurs que nous défendons.

Planet / Un premier bilan d’activité de l’association, à l’automne 2015, montre des marges de progression très positives. Où en êtes-vous du nombre de Lulus à ce jour, de l’ouverture de nouveaux kiosques ? Pensez-vous vous installer bientôt dans d’autres villes ?

C.-É. V. / L’année 2017 a été particulièrement intense. En quelques mois, outre notre kiosque historique de Saint-Paul, ce sont 7 nouveaux kiosques ou corners qui ont été ouverts : Villiers, Commerce, Gambetta, BHV Marais, Carrefour Auteuil, Vaugirard et rue du Poteau. Nous sommes aussi présents chaque semaine sur 4 marchés parisiens. Autre chiffre très important à nos yeux : à ce jour, près de 300 Lulus, des Parisiens aux 1 000 talents qui ont envie de rendre service dans leur quartier, interviennent dans la capitale. Pour la première fois « Lulu dans ma rue » s’installe en proche banlieue parisienne au printemps 2018, à Clichy. D’autres kiosques sont en projet, bien sûr. Il ne faut cependant pas oublier qu’assurer un développement pérenne nécessite du temps et de l’énergie. Pour l’instant, nous préférons nous concentrer sur le renforcement de notre modèle à Paris.

Planet / Deux études menées en 20151 auprès d’une trentaine de Lulus révèlent une étonnante diversité de leurs parcours de vie. Que cela signifie-t-il pour vous ?

C.-É. V. / Effectivement, il y a une grande diversité de profils parmi les Lulus. C’est quelque chose qui me frappe chaque fois que les Lulus et l’équipe se réunissent, comme nous le faisons régulièrement : les Lulus sont à l’image des Parisiens ! Il y en a de très jeunes, des plus âgés, des hommes, des femmes, et de toutes les origines. 40 % d’entre eux sont bénéficiaires du RSA ou chômeurs de longue durée, mais tous ont en commun une bonne humeur communicative et l’envie de rendre service aux habitants de leur quartier. Pour moi, il s’agit de l’une des plus belles réussites de ce projet.

 

1 « Les Villes Intelligentes à la croisée des chemins – Numéro spécial 16 (2017), pp. 7,16-20. Institut Veolia.

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