Chemin faisaint ...

Chemin faisant…

Interview croisée de Guillaume André, Quentin Didierjean et Thélonious Goupil

Penser un projet de façon collégiale demande de l’intelligence, de la finesse, une ouverture d’esprit et le sens des compromis. Mais aussi de l’organisation et de la méthode, si l’on veut que le résultat soit réaliste et abouti. Chacun à sa manière, les trois jeunes diplômés de l’École nationale supérieure de création industrielle se racontent et nous font découvrir les coulisses d’un partenariat inédit avec Veolia. Interview à trois voix.

Tout est parti d’une question posée par Veolia : quelles solutions faudrait-il développer dans les vingt prochaines années pour répondre à la hausse exponentielle des demandes alimentaires et énergétiques et pour lutter contre les pollutions ?

Quentin Didierjean

Quentin

« Ma relation avec Veolia a été d’autant plus intéressante que j’ai pu mesurer comment une grande entreprise agit pour l’environnement, avec ses obligations de rentabilité et ses impératifs de développement. »

 

« Veolia nous a amenés à sortir de notre zone de confort ! explique Quentin. Nous devions être capables de concevoir un projet argumenté et communicant, sur le fond comme en termes d’image. Dans notre métier,il est rare de se retrouver dans une démarche aussi globale que celle de “penser la société”. Il était donc très important pour moi que l’on tombe d’accord sur des éléments suffisamment denses et détaillés. Cela a donné lieu à des discussions et des échanges nourris ! »

Il a fallu ensuite développer les idées en respectant un cahier des charges précis et en élaborant une vision commune.

« Nous avons spontanément souhaité travailler ensemble, collaborer tous les trois autour d’une même vision, précise Guillaume. Nous en avons fait un point d’honneur. Et la base de cette vision collégiale a été une sélection iconographique à la fois ambitieuse et rigoureuse. »

C’est alors que le contact s’est noué avec plusieurs experts de Veolia.

Thélonious Goupil

Thelonious

« À compétences équivalentes, il m’a fallu accepter les visions différentes de mes camarades. C’est à la fois la difficulté et la richesse d’un projet soumis à une tension et une dynamique passionnantes. »

« Si nous avons été retenus pour notre vision personnelle du sujet, l’immense expertise rencontrée au sein du Groupe ainsi que la quantité de projets pilotes en cours nous ont incroyablement nourris, ajoute Quentin. Grâce à la proximité qui s’est installée au fil des échanges et à la richesse des discussions, nous avons pu élaborer un scénario très construit. Restait à imaginer des dispositifs tangibles et illustrables. »

Abondance de futurs ne nuit pas ! Mais entre les scénarios anxiogènes et ceux résolument idylliques, le trio a choisi la vision d’un demain plausible – moyen terme oblige –, réaliste et modérée. Et surtout optimiste.

« Notre ville propose des gradations selon la façon dont on la regarde ; et sollicite notre intervention à tous les niveaux, du centre-ville à la périphérie, jusqu’à la dernière ceinture, raconte Guillaume. Car nous voulions montrer que les solutions sont plurielles. Notre parti pris a été de réaliser les photos avec un appareil grand format. Son principal intérêt étant de pouvoir développer les grands tirages exposés, dans lesquels nous avons progressivement intégré des objets dessinés. Comme si, pendant les vingt ans qui nous séparent de 2040, nous avions continué à créer des choses. »

Guillaume André

Guillaume

« J’étais habitué à travailler avec des équipes pluridisciplinaires, moins avec des designers, aux compétences similaires. Et ce qui a été passionnant dans ce projet, c’est qu’ensemble nous sommes arrivés à proposer le futur que nous souhaitons. »

« Le travail avec Maxime Delvaux, photographe d’architecture, a été d’une incroyable richesse, s’enthousiasme Thélonious. Son expérience en bandoulière, il s’est vite fait son propre avis sur notre projet et est naturellement devenu le quatrième larron ! L’intelligence et la force de son regard, entre esthétique et notre recherche du meilleur paysage possible, nous ont été précieux. À mesure que l’on sollicitait de nouvelles expertises – intégration 3D notamment –, chacune d’elles apportait une nouvelle contribution… Tout le monde a des idées sur ces villes futures. C’était formidablement stimulant d’avoir l’espace, le temps et le confort de réfléchir », conclut-il.

Forts de cette collaboration, leurs perspectives d’avenir s’en trouvent confortées et subtilement modifiées. Cette réflexion va en effet accompagner nos trois designers dans leur trajectoire. Pour avoir travaillé avec Veolia, collaboré avec des professionnels qui ont parfois plus de trente ans de métier, Guillaume, Quentin et Thélonious ont enrichi leur expérience : ils ont appris à traduire leur pensée auprès de différents corps de métiers. Car demain, ingénieurs et designers seront de plus en plus amenés à travailler ensemble sur des questions prospectives.

BIO

Guillaume André, la maîtrise de l’objet
Durant ses sept années d’études, il a exploré le design sous toutes ses facettes pour en dégager une approche globale. Ses stages successifs au sein de l’agence NoDesign et au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), puis son expérience au Centre Michel Serres l’ont amené à se spécialiser dans l’innovation, la recherche et les nouvelles technologies. Il porte une attention particulière aux méthodes de fabrication et aux enjeux sociaux et environnementaux. Sa spécialité : comprendre les objets du quotidien et les réparer. Porteurs d’histoire, ces objets stimulent l’exploration et la réappropriation par la manipulation. Diplômé de l’ENSCI en juillet 2017

Quentin Didierjean, bioinspiré
Après une exploration approfondie de divers univers – l’ébénisterie chez Robert Gondoin, la réalité augmentée chez Levels3D, le design produit et la scénographie au studio Constance Guisset –, Quentin s’intéresse à l’écoconception. Pour son diplôme, il imagine un attirail d’accessoires, équipements et recettes pour autoproduire des objets à base de matériaux biodégradables du quotidien. Son mémoire Disparition contrôlée décrit, quant à lui, le concept et les usages de la bioinspiration pour une pratique du design durable. Diplômé de l’ENSCI en avril 2017

Thélonious Goupil, éloge de l’objet ordinaire
Son diplôme en poche, il passe six mois chez Ransmeier Inc. à New York puis un an à l’agence de Jasper Morrison, à Paris. Deux expériences professionnelles qui renforcent sa sensibilité au design industriel et sa compréhension des objets ordinaires. En juillet 2016, son projet Seaside Bench est récompensé par le prix du jury de la Design Parade de Hyères-Toulon. Dans la foulée, il remporte une résidence d’un an à la villa Noailles durant laquelle il développe des projets personnels en collaboration avec des entreprises locales. Designer indépendant depuis juillet 2017, Thélonious Goupil s’attache, tout en veillant à l’économie des projets, à dessiner des objets pensés en fonction de leur contexte et des techniques qui président à leur mise en oeuvre. Diplômé de l’ENSCI en mars 2016, avec les félicitations du jury

ENSCI, l’école de tous les designs

L’École nationale supérieure de création industrielle–Les Ateliers (ENSCI–Les Ateliers), placée sous la double tutelle des ministères de la Culture et de l’Industrie, a été cr éée en 1982 sous le parrainage de Jean Prouvé et de Charlotte Perriand.

Classée meilleure école de design au monde par le Red Dot Design en 2011, elle est la première école nationale supérieure exclusivement consacrée à la création industrielle et au design.

Elle regroupe, dans une approche innovante, les champs de la création industrielle et du design de produit avec ceux du design numérique, d’espace, de communication et de service.

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