Interview Siddharth Hande

Interview avec Siddharth Hande, co-fondateur de Kabadiwalla (KWC)

Rendre la ville “intelligente” pour limiter la pollution urbaine

Siddharth Hande, 31 ans, est ingénieur, spécialiste du traitement des données urbaines. Préoccupé par l’ampleur des pollutions des villes, il s’appuie sur les technologies digitales pour imaginer des réponses concrètes au défi de la gestion des déchets.

Kabadiwalla Connect (KWC), une reconnaissance internationale

La jeune entreprise KWC a reçu dès 2014, à son démarrage, un premier appui financier de la communauté internationale : une bourse de 50 000 CHF (50 800 dollars US) accordée par le Forum mondial de l’économie. En 2016, la Banque mondiale lui a apporté à son tour une contribution de 200 000 dollars US, par le biais du « Global Partnership for Sustainable Data ». Plus récemment, KWC a obtenu un apport de fonds de 100 000 dollars US à l’Expo 2020 Dubai (Programme de subventions Innovation et Impact, Expo Live). Des soutiens financiers dont l’objectif est d’accompagner le développement de KWC et d’en faire un modèle dont pourraient s’inspirer les grandes villes des pays en développement.

Planet. D’où tirez-vous la motivation pour vous lancer dans cette aventure ?

Siddharth.Hande. / J’ai été sensibilisé très jeune à la pollution des plages de notre ville. Dès le lycée, le groupe auquel j’appartenais, baptisé « Récupérons nos plages* », les nettoyait chaque semaine. Je me suis alors aperçu que tous ces objets jetés, une fois ramassés, nous ne savions qu’en faire. Par ailleurs, la récupération et le recyclage des déchets urbains est, depuis toujours, l’une des principales activités du « secteur informel ». L’écosystème de gestion des déchets existant était donc peu adapté à l’ampleur de la pollution à traiter, particulièrement les déchets plastiques qui saturent notre environnement. J’ai cherché à approfondir mes connaissances sur le fonctionnement de cette économie et ai obtenu une bourse du Forum mondial de l’économie pour poursuivre mes investigations. J’ai sollicité la compétence d’un ingénieur, Sonaal Bangera, avec lequel j’ai fondé KWC. Spécialisé dans les technologies de l’information et de la communication, il était curieux de mettre son savoir-faire au service de cette économie informelle, pour la rendre plus équitable et efficace.

P. Comment fonctionne cet écosystème de collecte informelle à Chennai ?

S.H. Il regroupe 5 métiers très liés les uns aux autres, depuis le collecteur de rue jusqu’au revendeur spécialisé. Au bout de la chaîne, il ressort une matière première recyclée de qualité qui peut ensuite être transformée par des industriels, souvent situés hors de la ville. Nous pouvons améliorer les conditions de vie et de revenus de ces travailleurs de l’ombre pour peu que nous organisions cette économie clandestine. C’est là qu’intervient la nécessité de disposer d’un outil capable de relever ce défi.

P. Cet outil, c’est précisément KWC ?

S.H. Nous nous appuyons sur les technologies de l’information et de la communication. En tant que spécialiste de la planification urbaine au service de la ville intelligente, avec mon équipe, nous avons cartographié Chennai, identifié un à un les revendeurs et leurs boutiques, quartier par quartier, puis développé des applications mobiles. Celles-ci apportent à l’utilisateur toutes les informations nécessaires pour collecter, revendre, planifier le travail, se renseigner sur les volumes de déchets traités et les prix pratiqués en temps réel, se connecter et optimiser les itinéraires. Grâce à un tableau de bord digital, les kabadiwallas naviguent aisément sur la chaîne de valeur intelligente. Depuis peu, nous avons mis au point une poubelle intelligente (smart bin) qui envoie une alerte au kabadiwalla sur son smartphone lorsqu’elle est pleine. Pour ceux qui ne sont pas équipés de téléphones mobiles sophistiqués, notre système d’alerte RecyKle® fonctionne à partir de téléphones fixes.

P. Quel est votre business model ?

S.H. Pour l’instant, les municipalités indiennes envoient la majeure partie des déchets urbains collectés dans des décharges à ciel ouvert. Seule une petite partie est valorisée énergétiquement par incinération. En réduisant de 70% la mise en décharge de ces déchets grâce au développement de leur collecte et de leur recyclage via l’économie informelle, les villes indiennes pourraient économiser au moins 3,5 milliards de dollars US**, de quoi réaffecter des fonds aux filières de recyclage. Les collectivités devraient nous faire confiance. Pour assurer notre lancement, nous avons obtenu le soutien financier de la communauté internationale (voir encadré), qui a vu dans notre initiative une alternative crédible pour limiter la pollution dans les pays en voie de développement. * « Reclaim our beaches » ** “Sustainable Solid Waste Management in India”, Janvier 2012, Columbia University, New York.

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