Loïc Couttelle, directeur de projet chez 2EI, filiale de Veolia

« L’agriculture urbaine, nouvelle activité de Veolia »
Published in the dossier of décembre 2019

Agriculteur dans la région lilloise, entré chez Veolia il y a 25 ans, Loïc Couttelle s’intéresse depuis 5 ans à la construction de nouveaux systèmes agricoles et explore le rôle que pourrait y jouer Veolia.

Loïc Couttelle, directeur de projet chez 2EI, filiale de Veolia

Quelle légitimité Veolia a-t-elle dans l’agriculture urbaine ?

Ce sujet va devenir stratégique pour les villes.
Or, l’une des missions de Veolia est d’accompagner les territoires dans les défis qui se présentent, notamment la question de l’alimentation. La prise de conscience a commencé, les demandes affluent, mais les décideurs sont assez démunis face à la construction de systèmes de production agricole.
Veolia peut les aider de deux façons. En faisant appel à ses trois métiers : de l’eau, puisque l’agriculture requiert une maîtrise de sa gestion pour l’irrigation, des déchets, puisqu’il s’agit de maîtriser le recyclage de la matière organique produite par la ville et, dans certains cas, de l’énergie, pour reconstituer des climats propices à la production. Veolia peut également jouer le rôle d’intégrateur, car construire un système de production agricole en environnement urbain signifie fluidifier toutes les connexions avec les parties prenantes. En résumé, une nouvelle activité du Groupe est en cours de germination.

Sur quelles expérimentations travaillez-vous ?

Notre ambition est de proposer aux territoires des systèmes agricoles qui conjuguent production de grande qualité et bénéfices sociaux et environnementaux. Nous visons donc des modèles de production hautement efficaces qui répondent à ce double enjeu.
Pour cela, nous concentrons nos efforts sur deux axes. Le premier porte sur la pratique de micro-maraîchage bio-intensif*, peu mécanisée mais nécessitant un gros travail manuel et une grande expertise agronomique. À cet effet, nous avons construit une ferme expérimentale au sein du Marché d’Intérêt National (MIN) de Lille, avec parmi les thématiques étudiées « Comment traiter la fertilité et l’amendement du sol à partir de gisements de déchets organiques de la ville ». Le second concerne l’aquaponie. Pour ce faire, Veolia a investi dans BIGH à Bruxelles, plus importante ferme aquaponique d’Europe (lire : L’aquaponie, une solution en germe pour nourrir les villes). Ces deux réalisations permettent à Veolia d’acquérir l’expertise nécessaire au déploiement. Veolia est en mesure de proposer l’une ou l’autre solution aux territoires, voire les deux combinées, afin de construire des systèmes de production agricole de grande efficacité.

Vous avez mis en place un partenariat avec l’Institut Supérieur d’Agronomie de Lille :que vous apporte-t-il ?

Nous sommes convaincus que le modèle de micro-maraîchage, qui permet une production très intensive sur petite surface tout en délivrant une large palette de bénéfices complémentaires (hébergement de la biodiversité, stockage de carbone, régénération du sol, réduction des îlots de chaleur, etc.), est très pertinent dans l’espace urbain. Or, les sols des espaces disponibles sont très généralement artificialisés, voire pollués. Il est donc déterminant d’être en mesure de re-constituer un sol lorsque celui-ci est absent ou inutilisable. C’est pour répondre à cet objectif que nous avons construit un programme de recherche avec l’Institut supérieur d’agriculture de Lille. L’enjeu : élaborer à partir de gisements minéraux et organiques recyclés un technosol fonctionnel**. Il s’agit de s’inspirer des caractéristiques d’un sol naturel fertile pour créer un environnement propice au développement biologique de la microfaune du sol.
Un important travail de caractérisation des constituants d’un sol naturel a été démarré en mai 2019, suivi d’un état des lieux de tous les gisements disponibles en matériaux minéraux et organiques sur un territoire urbain. En octobre s’est achevée la définition des différentes modalités minérales. Reste à mettre en œuvre en janvier 2020 les planches de culture pour identifier la formulation la plus efficace et mesurer l’installation des organismes dans les dispositifs. Les premiers résultats, qui sont attendus avant l’été, seront suivis pendant trois années.

Pour en savoir : 

Stockage du carbone et optimisation des rendements dans la bio : les atouts de la valorisation des biodéchets
“Nourrir les villes autrement grâce à l’agriculture urbaine”: nouvelle publication et conférence de l’Institut Veolia


* Culture d’une grande diversité de légumes sur de très petites surfaces
** Assemblage de différents éléments minéraux et organiques