Maria Albuquerque

(France)

Interview avec Maria Albuquerque, chef de projet au sein du Département Recherche et Innovation de Veolia.

Un des domaines d’expertise de Maria Albuquerque est la valorisation agronomique des déchets organiques dans une approche d’écologie territoriale. Son talent : construire à partir des aspirations et des besoins des clients des projets de recherche, puis les mener à maturité. Sa boussole : la recherche au service d’une vision du monde respectueuse de l’environnement et des missions de Veolia.

Planet / Le projet pilote QualiAgro célèbre ses vingt ans. Les premiers résultats ont été communiqués dès 2014 . D’autres sont à venir. Comment diffusez-vous ces résultats et qui s’y intéresse ?

M. A. / Comme QualiAgro est membre du réseau français d’essais en plein champ SOERE PRO et du réseau européen ANAE, les données collectées sont ensuite partagées auprès d’une large communauté de scientifiques évoluant dans les disciplines les plus variées, des sciences agronomiques à celles de la statistique. Aux scientifiques alors de retravailler ces données, qui sont matière à de nouveaux travaux. La liste des programmes scientifiques associés évolue en permanence. La profession agricole et l’industrie agro-alimentaire s’intéressent aussi de très près aux résultats de QualiAgro.

Planet / En quoi les composts urbains intéressent-ils de près la profession agricole ?

M. A. / Avec QualiAgro, nous pouvons tirer de nombreuses conclusions sur ce qu’apporte la matière organique au sol : on parle de la fertilité physique, chimique et biologique. La fertilité physique est l’amélioration de la structure et des propriétés physiques qui favorisent la stabilité des sols, leur résistance à l’érosion et à la battance, l’amélioration de la rétention d’eau par les sols amendés (plus résilients au stress hydrique) et de l’infiltration d’eau (réduction du risque d’inondation). La fertilité chimique correspond à l’apport de nutriments sous forme organique, qui vont se minéraliser progressivement et devenir disponibles pour les plantes. La fertilité biologique correspond à l’augmentation de l’activité microbienne et biologique du sol (voir encadré). Les éléments potentiellement polluants comme les éléments de traces métalliques, les inertes ou les polluants organiques sont également suivis.

Planet / Pourriez-vous nous donner un exemple de connaissance partagées entre tous ces acteurs ?

M. A. / Veolia a invité l’ensemble de ces professions à participer à deux journées d’échanges en novembre 2015 . Avec l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) et l’Ademe (Agence de l’environnement et la maîtrise de l’énergie), nos premiers partenaires, nous avons présenté QualiAgro, soit plus de quinze ans de connaissances scientifiques acquises. Durant ces deux jours, nous avons soulevé différentes problématiques, notamment celle du rôle stratégique des sols dans les enjeux de la sécurité alimentaire et du dérèglement climatique.

Planet / À partir des données et résultats délivrés par QualiAgro, peut-on envisager la conception d’outils au service du monde agricole comme de l’environnement ?

M. A. / Avec l’INRA, nous avons développé CarboPro, qui modélise le comportement du carbone stocké dans le sol selon le type de compost apporté. Il tient compte de nombreux paramètres : ceux liés aux caractéristiques du sol et du climat dans lequel il évolue (modèle pédoclimatique). De même, nous envisageons de proposer un outil d’aide à la fertilisation organique du sol, au service de l’agriculture 2.0. Cet outil a été développé à partir de la vision de la SEDE, filiale de Veolia et sponsor du projet, avec une forte implication de ses équipes opérationnelles et commerciales. Cet outil couvre essentiellement 3 étapes : diagnostic, simulation et optimisation. La simulation anticipera la dynamique du sol suite aux apports de composts, à dix ou même vingt ans. L’outil intègre des bases de données (PRO, sols, climat, plantes), un modèle agronomique (adapté et calibré pour les sols français) qui permet de réaliser les simulations, et un algorithme d’optimisation de façon à conseiller l’agriculteur dans le choix de fertilisation de ses parcelles selon les rotations de cultures et sur l’itinéraire technique à mettre en place dans ses champs. L’outil permet donc un conseil extrêmement individualisé, au service du client. Il permet aussi de mettre en évidence de manière quantitative l’amélioration des propriétés du sol liées à l’apport de matière organique.

Planet / Vos missions : lancer et conduire des projets en recherche appliquée. À quel moment passez-vous le relais pour entrevoir de nouvelles applications ?

M. A. / Je défends une vision de la recherche au service des métiers et des réalités opérationnelles du Groupe. En même temps je pense qu’il est important d’oser la voie disruptive, celle qui prend le risque de sortir de la zone de confort d’une recherche classique (incrémentale). Cette voie ouvre de nouveaux champs d’exploration et accepte même parfois de s’atteler à des questions fondamentales pour lever certains verrous. J’éprouve toujours, quel que soit le type de recherche choisi – incrémental ou disruptif –, la nécessité qu’à un moment donné, ces travaux scientifiques puissent déboucher sur des applications. Le développement et l’amélioration fonctionnelle de ce nouvel outil sont le fruit d’une collaboration nourrie et d’un dialogue élargi avec les équipes opérationnelles et commerciales de Veolia, qui nous permettront très prochainement de mieux déployer la valeur de la connaissance accumulée. Être capable de soutenir la vision de Veolia sur ces missions, missions qui répondent aux aspirations de nos clients, est pour moi la finalité de notre travail au sein de la R&I de Veolia.

Planet / Au sein du Département Recherche & Innovation de Veolia , en combien de temps développez-vous un projet ?

M. A. / Le développement d’un outil tel que Smart Agri a pris moins de trois ans. Cet outil numérique de simulation et optimisation au service de la fertilisation raisonnée et organique a été initié mi-2015 et arrive aujourd’hui à la phase de déploiement d’une première solution commerciale. Nous pouvons à la fois soutenir des projets de connaissances avec des objectifs de très long terme, mais aussi développer efficacement de nouveaux outils au service de nos clients et de la performance opérationnelle.

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