Une peinture rafraîchissante pourrait réduire les émissions de CO2 des bâtiments

crédit photos : Purdue University

Les pittoresques villages blanchis à la chaux des îles grecques ne sont pas seulement des paysages de carte postale. Ils conservent bien la fraîcheur à l’intérieur des maisons en réfléchissant la lumière, selon un principe physique connu. 

Inspirés par cette curiosité architecturale, des chercheurs américains de l’université Purdue, dans l’Indiana, ont mis au point une peinture encore plus blanche, qui réfléchit 95,5 % de la lumière du soleil. « Nous avons exposé une surface enduite de cette peinture à la lumière directe du soleil, elle a refroidi de 1,7 °C en dessous de la température ambiante, et jusqu’à 10 °C pendant la nuit », a expliqué Xiulin Ruan, l’un des chercheurs, à la BBC.

Qui plus est, cette peinture ne se contenterait pas d’éloigner la chaleur de la surface peinte, elle la renverrait loin dans l’espace : la chaleur ne resterait donc pas emprisonnée dans l’atmosphère et ne contribuerait pas au réchauffement climatique.

L’équipe est parvenue à ce résultat au bout de six ans de recherches en ajoutant à la peinture des concentrations élevées de particules de différentes tailles de carbonate de calcium, autrement dit du calcaire. Elle vient de publier ses conclusions dans la revue Cell Reports Physical Science

Une peinture contre la climatisation

Xiulin Ruan estime que la peinture a le potentiel de réduire de manière significative l’empreinte carbone d’un bâtiment : « Cette capacité de refroidissement pourrait compenser une grande partie des besoins en climatisation. » 

Les scientifiques planchent depuis des décennies sur des moyens d’améliorer l’efficacité de la climatisation des bâtiments. De nombreuses peintures réfléchissantes existent déjà, mais aucune ne parvient à dévier suffisamment les rayons du soleil pour rafraîchir l’intérieur des maisons et des bureaux.

Cette peinture ultra-performante pourrait donc intéresser le secteur de la construction qui représente l’une des sources majeures d’émissions de CO2, en particulier les datacenters. D’après le World Green Building Council, l’éclairage, la climatisation – chauffage et refroidissement – sont responsables d’environ 28 % du CO2 mondial. Ils sont principalement alimentés par les énergies fossiles, y compris en Europe, où 75 % de ces besoins sont assurés par le charbon, le pétrole ou le gaz.

La peinture doit encore être testée pour sa fiabilité et son efficacité à long terme, avant sa commercialisation. Mais des industriels s’y intéressent déjà et les chercheurs travaillent sur le développement d’autres couleurs qui pourraient présenter les mêmes qualités de refroidissement. 

Sources : 

« Climate change : 'Cooling paint' could cut emissions from buildings », BBC, 21 octobre 2020 https://www.bbc.com/news/science-environment-54632523

« Full Daytime Sub-ambient Radiative Cooling in Commercial-like Paints with High Figure of Merit », Cell Reports Physical Science, 21 octobre 2020 https://www.cell.com/cell-reports-physical-science/fulltext/S2666-3864(20)30236-8

Radiative Cooling Paint https://www.youtube.com/watch?v=caFzYvYAUo4