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24 décembre 2019

Les libellules, victimes des polluants dans les écosystèmes

Dans leur étude publiée début novembre*, des chercheurs norvégiens constatent les dégâts causés par des polluants à l’ADN des nymphes** de libellules vivant dans les bassins d’eaux pluviales aménagés à proximité des autoroutes. Et comparent leur sort à celui de leurs congénères des plans d’eau naturels.

Une autoroute, ce sont aussi des ponts, des tunnels et des installations techniques que l’homme construit, fore, cimente, pave, peint et entretient au quotidien. Les véhicules qui l’empruntent brûlent du carburant, de l’huile, du liquide de freins… En résumé, l'utilisation de produits chimiques se fait à tous les niveaux, directement ou en tant qu'additif dans divers matériaux et équipements.

 

À proximité, l’aménagement de bassins d’eaux pluviales répond à plusieurs besoins : capables d’atténuer les inondations et de traiter les eaux de ruissellement polluées, ils rendent aussi des services écosystémiques en devenant des réservoirs de biodiversité. Or, de par leur emplacement, ces habitats artificiels sont inévitablement voués à être pollués. Et le cocktail chimique qui s’y produit pourrait avoir des effets néfastes sur les organismes qui y vivent.

 

En prélevant des échantillons de sédiments issus de différents plans d’eau, naturels et artificiels, les chercheurs ont déterminé les concentrations de trois types de polluants : les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), leurs dérivés alkylés (pyrène et fluoranthène en tête) et des métaux lourds (cuivre, plomb, zinc et nickel). Ces derniers ont notamment pour effet d’altérer l’ADN des organismes vivants qui colonisent ces plans d’eau.

 

Parmi eux, les libellules ont pour habitude d'établir leur habiat prèsdes zones humides. Les dégâts observés sont significativement plus importants au stade de la nymphe, particulièrement dans les plans d’eau artificiels. Les impacts sur l'ADN — rupture du brin pouvant entraîner un arrêt de la croissance — sont également fortement et significativement corrélés aux niveaux de pollution dans les sédiments, à savoir les HAP et le zinc.

 

Selon l’équipe, il peut exister un conflit entre la fonction première de ces bassins — protéger les masses d’eau naturelles des eaux de ruissellement polluées — et leur fonction secondaire d’habitat pour les organismes vivants. Les chercheurs recommandent donc que ces résultats soient pris en compte lors de tout projet de planification et d’aménagement relatif aux eaux pluviales.

 

*Road related pollutants induced DNA damage in dragonfly nymphs (Odonata, Anisoptera) living in highway sedimentation ponds, Meland SGomes TPetersen KHåll JLund EKringstad AGrung M, Norwegian Institute for Water Research & Norwegian University of Life Sciences, nov. 2019

**En biologie, la nymphe représente le stade du développement intermédiaire entre la larve et l'imago lors des mues de métamorphose des insectes 

 

Source : https://www.nature.com/articles/s41598-019-52207-4

 

 

© CHINE NOUVELLE/SIPA