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20 septembre 2018

Des océans sans filtres

Loin devant les sacs plastiques et les pailles, les mégots de cigarettes seraient devenus l’Ennemi numéro 1 des océans. Et l’élément polluant le plus ramassé sur les littoraux du globe, avec plus de 60 millions de mégots collectés depuis 1986.

Dans une vaste enquête publiée le 27 août par NBC News, la menace numéro 1 pour les océans est le mégot de cigarette, présent en quantités astronomiques dans la nature. Leur élimination n’étant pas réglementée à l’échelle de la planète, les mégots finissent en grande partie dans les mers et les océans. 

 

Décidés à s’attaquer au problème, des scientifiques, des universitaires, des activistes écologistes et politiques se sont regroupés au sein du Cigarette Butt Pollution Project*. Leur objectif : faire interdire les filtres à cigarettes aux États-Unis et dans le monde entier.

 

Car ces filtres se dégradent très lentement, entre un et deux ans en moyenne. Et l’un de leurs composants – l’acétate de cellulose – met plus de dix ans à se décomposer. Qui plus est, les mégots sont très difficilement recyclables : composés de près de 4 000 substances chimiques, dont une cinquantaine réellement toxiques comme la nicotine, ils doivent être dépollués avant de pouvoir être recyclés.

 

Selon le Cigarette Butt Pollution Project, la majorité des 5 600 milliards de cigarettes fabriquées chaque année sont dotées de ces filtres, et les deux tiers finissent dans la nature. Si l’on ajoute à cela le fait qu’un seul mégot peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau, l’ampleur du désastre est avérée. En France, sur les 30 à 40 milliards de mégots jetés chaque année – un millier par seconde environ –, plus de 40 % se retrouveraient dans la nature, rappelait le ministère de la Transition écologique et solidaire en juin dernier.

 

Des alternatives écologiques au mégot sont en cours de développement. Ainsi, Mervyn Witherspoon, un chimiste britannique ayant travaillé pour le plus important fabricant de filtres en acétate, intervient aujourd’hui en qualité de conseiller technique auprès de Greenbutts, une start-up basée à San Diego (Californie). Witherspoon aurait développé un filtre composé de matériaux organiques, biodégradables rapidement dans le sol ou l’eau : chanvre de Manille, Tencel (fibre naturelle de cellulose obtenue à partir de bois d’eucalyptus), pâte de bois et amidon naturel.

 

 

*Cigarette Butt Pollution Project : www.cigwaste.org/