Qualité de l'air intérieur : interview de Sabine Fauquez-Avon

Présidente du Pôle de compétences Air de Veolia et présidente directrice générale d’OFIS, le bureau d’ingénierie sanitaire de Veolia.
Published in the dossier of mai 2020

Qu’un spécialiste historique du traitement de l’eau devienne celui du traitement de l’air, est-ce une évidence ?

Je vois un parallèle entre la façon dont les pouvoirs publics et les acteurs privés peuvent s’emparer de la question de la pollution de l’air et le développement du métier de distributeur d’eau à la fin du XIXe siècle. À l’époque, la problématique était perçue mais pas encore appréhendée en termes de métier et de service à délivrer par une entreprise. Le traitement des pollutions difficiles n’est pas un sujet nouveau pour Veolia, qui en a fait une expertise dans l’eau, les déchets, les sols, l’énergie… Rien d’étonnant donc lorsqu’en 2017, Antoine Frérot a demandé à plusieurs directions du Groupe d’argumenter sur l’existence d’une problématique de la qualité de l’air et de préfigurer un accompagnement de nos clients. Le Pôle de compétences Air est né en 2018 de cette réflexion. Nous avons réussi, en à peine deux ans, à nous installer comme l’accélérateur d’une activité au service des Business Units du Groupe. Et à faire de la qualité de l’air intérieur un axe majeur de l’innovation en matière de santé et de lutte contre les nouveaux polluants, inscrit dans le plan IMPACT 2023.

En quoi l’offre de Veolia se différencie-t-elle de la concurrence ?

Comme pour le traitement des autres pollutions difficiles, nous avons fait le choix d’une offre fondée sur la garantie de résultat, car en matière de risque sanitaire, l’obligation de moyen ne suffit pas. Concrètement, nous nous engageons à ce que les niveaux de qualité de l’air que les usagers des bâtiments (enfants ou adultes) vont respirer restent en permanence au-dessous des seuils de santé publique recommandés. Au final, nos clients bénéficient, dans les bâtiments dont ils sont responsables, d’un air de qualité qui est garanti.

À quel rythme pensez-vous voir votre offre adoptée et déployée par vos clients ?

Il n’y a pas de doute sur le fait que les décideurs, publics et privés, en charge de la qualité de l’air dans les bâtiments vont s’emparer de notre offre, alors même que nous sommes confrontés à une vraie problématique de santé publique : la pollution de l’air (voir chiffres clés) provoque au total 4 fois plus de décès que la pollution de l’eau1. Mais leur degré de réactivité va dépendre de plusieurs paramètres. La vitesse des avancées réglementaires en est un. En France, 40 000 écoles sont soumises à un contrôle de la qualité de l’air intérieur mais seules 1 000 mairies appliquent à ce jour la réglementation. Il faudrait donc que la réglementation évolue pour se doter de mesures plus coercitives. C’est dans ce contexte que Veolia a construit son offre pour les écoles. C’est ce qu’a fait la Belgique en imposant des seuils de CO2 à ne pas dépasser dans les bureaux, par exemple2. Autre paramètre, l’opinion publique. À la fois sensible et sensibilisée, elle sera très certainement un fort levier pour inciter les municipalités à agir.

L’épidémie de Covid-19 pourrait-elle « impacter » votre feuille de route ?

Sans opportunisme aucun, je pense que le contexte actuel du coronavirus et l’obligation de confinement, parfois à plusieurs dans de petits espaces, vont faire évoluer la façon dont les décideurs et l’opinion publique appréhendent la préservation de la santé, notamment dans les bâtiments.

1. Source : Here’s How Many People Die from Pollution Around the World
2. Source : Arrêté du Gouvernement wallon relatif à la réduction des émissions de certains polluants atmosphériques (M.B. 09.09.2019) 

Pour en savoir plus :

Améliorer la qualité de l’air intérieur des bâtiments