ITW Éric Brac de La Perrière

Interview avec Éric Brac de La Perrière, fondateur et président de Yoyo

Éric Brac de La Perrière, fondateur et pdt de Yoyo

Eric Brac de la Perrière

Comment est née l’idée de Yoyo ?

Au cours de voyages dans des pays émergents, en Égypte et en Birmanie notamment, j’ai découvert que la collecte des déchets sauvages dans la nature est rétribuée par le biais de réseaux informels de waste pickers. Je me suis dit que si on démultipliait et digitalisait ce système, on augmenterait fortement la performance du tri en ville. Je consomme, je récupère : l’effet Yoyo !

Pourquoi tabler sur le tri ?

Parce qu’avant d’être un sujet industriel ou technologique, le recyclage est surtout un sujet de collecte. Nous n’arrivons pas à récupérer les matières recyclables dans les lieux où nous consommons beaucoup. Or, la ville, c’est là où l’on consomme le plus et où l’on recycle le moins, faute d’un taux de collecte performant. Donc l’enjeu - pour toutes les villes du monde ! - consiste à augmenter le volume de collecte pour augmenter le volume du recyclage, et donc augmenter la performance de l’économie circulaire. S’il n’y a pas ce premier geste de tri du consommateur, tout coûte plus cher, tout prend plus de temps et tout pollue davantage.

Pourquoi avoir lancé l’initiative à Bordeaux et à Lyon ?

Je suis originaire de Lyon mais surtout les métropoles de Lyon et de Bordeaux ont été extrêmement moteurs pour tenter d’améliorer leur performance. Chacune nous a immédiatement confié des quartiers très spécifiques, dans lesquels le tri ne fonctionnait pas bien. Nous y avons mis en place le système de récompense et, en un an, avons doublé la performance des foyers inscrits dans le dispositif Yoyo. Aujourd’hui, plusieurs milliers de personnes trient avec Yoyo et ont fait un bond de 10 à 90 % de taux de déchets recyclés. C’est donc possible, à condition de travailler avec les habitants dans une relation positive et permanente.

Comment fonctionne la start-up ?

Nous avons décidé de mettre en place des points relais sur des territoires de 10 000 habitants, pour une plus grande proximité au quotidien via un maillage serré de chaque territoire où des coaches délivrent des consignes de tri très simples et vérifient qu’elles sont bien comprises. Nous travaillons aussi avec les associations locales pour que les familles aient accès aux consignes de tri dans leur langue. Et pour celles qui n’ont pas ou peu d’accès au numérique, nous intervenons avec Emmaüs Connect pour combler la fracture numérique et les aider à télécharger l’appli sur leur smartphone et ainsi les créditer des points de récompense.

Quelles sont vos valeurs ajoutées ?

Nous apportons bien sûr de la performance pour la collecte et une sensibilisation à l’écologie, mais aussi du lien social. Les gens se rencontrent et échangent.Par ailleurs, Yoyo travaille en complémentarité avec les collectivités locales : grâce à l’augmentation des tonnages collectés avec Yoyo, elles reçoivent davantage de subventions de la part des éco-organismes. Le gage d’une économie circulaire boostée et sans coût supplémentaire pour elles.

Enfin, avec le système Yoyo, le citoyen est inclus dans la conquête de meilleures performances de collecte. Comme il trie plus et mieux, il est récompensé et diffuse le message autour de lui. D’ailleurs nous constatons, dans les quartiers où nous intervenons, que sa participation augmente non seulement les pourcentages de la collectivité mais aussi les volumes dans le bac de recyclage d’environ 15 %.

Comment s’est noué le partenariat avec Veolia ?

Nous avons des intérêts communs, qu’il s’agisse de la lutte contre la pollution ou de l’augmentation de la collecte en ville. Cela nous a amené tout naturellement à définir ensemble un projet de tri ; les équipes en charge de la collecte des déchets au sein de Veolia nous ont donné un sérieux coup de main pour faciliter notre implantation dans les quartiers. Sans oublier que nous bénéficions de toutes les expertises de Veolia : mise en balle, calcul des coûts, définition des meilleurs circuits logistiques…

Comment voyez-vous l’avenir ?

Aujourd’hui, nous réfléchissons avec Veolia à la façon de dupliquer le système Yoyo partout en France. Après avoir travaillé étroitement sur les deux villes de Lyon et Bordeaux, nous ambitionnons de déployer le dispositif dans 10 villes à fin 2018, 30 à fin 2019 et 50 à fin 2020.

En résumé, Yoyo est une aide à deux vitesses : pour rattraper le retard, pour accélérer et atteindre le 100 %. C’est l’outil qu’il faut pour passer des 3 % par an de progression du recyclage en France aux 20 % imposés dans les objectifs réglementaires !

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