Yoyo

Pour favoriser le recyclage du plastique, Yoyo récompense les bons trieurs

Yoyo veut doubler le taux de recyclage du plastique dans les villes françaises. Via une plateforme collaborative, cette start-up récompense les particuliers et entreprises qui trient et collectent leurs bouteilles plastiques. Et ça marche !

Récompenser le geste de tri

L’offre de Yoyo repose sur la rétribution du geste de tri. Le coach obtient 25 points par sac récupéré, le trieur 125 points. Les points peuvent être échangés via une boutique en ligne de la plateforme Yoyo contre des récompenses proposées par les villes et entreprises partenaires : places de cinéma ou de concert, billets pour des matches de football, entrées dans les musées ou à la piscine, abonnements auto-partage ou transports en commun…

Je consomme, je récupère… C’est ce mouvement de yoyo qui a donné l’idée à Éric Brac de La Perrière de lancer une start-up en février 2017. Avec un objectif : sensibiliser les citoyens à l’importance du recyclage pour l’environnement. Une gageure alors même que le gouvernement français a fixé un objectif de 100 % d’emballages plastiques recyclés d’ici à 2025. Si le taux moyen de collecte des bouteilles plastiques atteint actuellement 60 % en France, il plonge à 10 % en centre-ville* (lire son interview). Un constat préoccupant pour l’ancien directeur général d’Éco-Emballages…

Plastique des villes

« La collecte en ville stagne : on plafonne à moins de 30 % pour les plastiques (et à 10 % en centre-ville), alors-même que le système actuel coûte de plus en plus cher », déclare-t-il. Yoyo s'est fixé un objectif : porter le taux de recyclage du plastique en ville à 70 %. » Veolia est actionnaire minoritaire (20 %) de Yoyo : « Nous avons décidé de soutenir Yoyo car nous souhaitons sensibiliser les administrés comme les entreprises au geste de tri, ajoute Sylvie Recrosio, directrice de Territoire de Veolia en Aquitaine. Nous voulons inciter à trier plus et à aller plus loin, de façon positive et innovante. »


Yoyo

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À l’échelle humaine

Yoyo, comment ça marche ? En quelques clics, l’internaute s’inscrit comme trieur sur la plateforme Yoyo. Il choisit un référent – le coach – qui habite près de chez lui (voisin, gardien d’immeuble, association de quartier ou sportive, commerçant…). Celui-ci prend contact avec le nouveau trieur et organise une rencontre. À cette occasion, il sensibilise le trieur et lui fournit des sacs de tri numérotés (un sac contient environ 40 bouteilles et flacons). Le trieur remplit ses sacs Yoyo à son rythme et, une fois pleins, les dépose chez son coach. Celui-ci enregistre les sacs et le compte du trieur est crédité en points. De son côté, la start-up garantit la traçabilité à 100 % du plastique récupéré : une fois collectés par Veolia ou La Poste (elle aussi partenaire de Yoyo), les sacs sont directement acheminés vers un site de recyclage.

« Leur contenu y est stocké puis mis en balle pour être recyclé dans une optique d’économie circulaire en boucle courte », explique Sylvie Recrosio.

Grâce à un numéro inscrit sur les sacs, le trieur peut ainsi suivre le trajet de "ses" bouteilles jusqu'à leur recyclage.

L’existant augmenté

« Avec Yoyo, nous osons récompenser les habitants qui ne trient pas », précise Éric Brac de La Perrière, pour qui Yoyo est complémentaire des autres gestes de tri. « Yoyo ne fait pas tout — le bac jaune existe — mais il accélère les changements de comportement. »

L’année 2017 a permis de tester le dispositif dans le 9e arrondissement de Lyon puis à Bordeaux intra muros. Pour ce territoire, Sylvie Recrosio dresse un premier bilan prometteur : « Yoyo est à Bordeaux depuis à peine 2 ans et sur la seule année 2017, déjà 15 tonnes de plastiques PET ont été collectées, soit 7,2 kg par trieur ! C’est 50 % de plus que le gisement naturel… Aujourd’hui, environ 5 000 citoyens trient sur la ville, une centaine de coaches sont en place et 2 500 récompenses ont été versées. Je souligne que c’est un tri d’excellente qualité ».

Le Mama Shelter de Bordeaux passe au tri

À Bordeaux, l'hôtel Mama Shelter a dès le départ été séduit par Yoyo et est devenu un trieur performant. L'établissement verse 200 euros par mois au dispositif pour que les sacs de bouteilles plastiques usagées soient récupérés par La Poste et acheminés vers le centre de recyclage. Une opération gagnante pour l’hôtel qui réduit ainsi son budget de collecte et améliore son empreinte écologique (moins de bacs et moins de passages de bennes).

Business model

La rentabilité de Yoyo repose sur la vente de matière et les partenariats avec les collectivités et des entreprises. Pour les particuliers, le service, qui complète les bacs jaunes, est gratuit. Ce sont les collectivités territoriales qui rémunèrent la start-up via des contrats d'au moins un an. Pour elles, ce coût de prestation est amorti en deux ans selon Yoyo : d’une part grâce à l’augmentation des recettes générées par la revente de la matière aux recycleurs et d’autre part grâce aux subventions que l’éco-organisme Citeo reverse aux collectivités locales.. Autre répercussion financière positive : les déchets collectés étant triés, ils ne sont plus incinérés ou enfouis, réduisant automatiquement les montants de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) versée à l'État par les collectivités. Quant à Veolia, cela représente pour le Groupe un gisement supplémentaire de déchets plastiques de haute qualité qui seront traités localement.

Facteur de lien social

Si Yoyo permet de multiplier par deux la performance de la collecte en zone urbaine, ce dispositif se révèle aussi un moteur de lien social. En effet, la start-up s’appuie sur des communautés d’habitants qui quadrillent l’espace urbain : trieurs et coaches échangent, se motivent… et se transmettent les éco-gestes au-delà du tri des bouteilles. Là est aussi toute la force et l’originalité de Yoyo. Un sentiment d'inclusion et de "communautés de l'écologie positive" aux vertus pédagogiques.

Quand le tri fait tache d’huile

Yoyo n’a pas fini de rebondir… Après Lyon et Bordeaux, l'objectif est de conquérir une dizaine de villes d’ici à fin 2018 et 50 d’ici à fin 2020. Mulhouse, Marseille, Lille ou Le Havre ont franchi le pas, et seront notamment rejointes par la banlieue Ouest et Nord de Paris (Asnières, Clichy, Saint-Ouen).

« Nous voulons également collecter d’autres plastiques que le PET, comme les déchets d’équipements électriques et électroniques-D3E », conclut Éric Brac de La Perrière.

 

Chiffres clés

Environ 10 000 personnes ont rejoint la communauté
12 collaborateurs
40 tonnes de PET captées en 1 an (2017-2018)
50 villes adhérentes en 2020

 

*Chiffres 2018 du ministère de la Transition écologique et solidaire
**Polyéthylène Téréphtalate

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