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2 octobre 2019

La réduction des fuites électriques contribue à la lutte contre les changements climatiques

La déperdition d’énergie d’un courant électrique est un phénomène physique bien connu. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est l’ampleur des pertes en ligne qu’elle provoque, et leurs incidences en matière d’émissions carbonées. Une réalité que l’on est désormais capable d’évaluer et de mesurer grâce à une étude scientifique* américaine qui détaille ces pertes dans le monde et avance quelques solutions pour y remédier.

Une étude scientifique** montre que si les réseaux électriques de certains pays, les émergents en particulier, offraient de meilleurs rendements, cela éviterait de rejeter 1 milliard de tonnes de CO2(1 Gt) dans l’atmosphère. A l’heure de l’urgence climatique***, ce chiffre n’a rien de dérisoire. En 2016, 13,4 Gt de CO2  ont été relâchées par le secteur de l’énergie* dans le monde, soit 42 % des émissions liées aux activités humaines.
 
Les deux universitaires américaines qui ont piloté cette étude passent au crible les réseaux électriques de transmission et de distribution (T&D) de 142 pays, avec un premier constat : les pertes s’étalent de 58 % en Haïti à 2 % à Singapour. Elles ont ensuite estimé les pertes cumulées de ces pays en termes de consommation, soit quelque 1 700 térawattheures (TWh) en 2016 : l’équivalent de la consommation annuelle du Japon, de l’Allemagne et de l’Australie réunis ! « Rien qu’en Inde, détaillent encore les deux chercheuses, les pertes en ligne des réseaux électriques (T&D) sont actuellement de 19 % ; les réduire à 5 % éviterait l’émission de 161 mégatonnes (Mt) de CO2, soit plus de 10 % des émissions du secteur dans le pays. »
 
Pour les auteures, les solutions s’organisent à trois niveaux : 
- déploiement de nouvelles technologies liées à la transmission du courant électrique (tension renforcée – voltage -, câbles supraconducteurs, contrôle de l’alimentation) pour construire des réseaux de nouvelle génération ; 
- mieux apprécier les bénéfices que ces réseaux apportent, en combinant par exemple le traçage de la réduction des pertes en ligne avec une meilleure compréhension du fonctionnement des énergies intermittentes, caractéristiques des énergies renouvelables ; 
- repenser également les infrastructures de distribution électriques surtout urbaines, en privilégiant la réduction des distances entre fournisseurs et clients.
 
The climate mitigation opportunity behind global power transmission and distribution, auteures : Kavita Surana (Center for Global Sustainability, University of Maryland, USA) & Sarah M. Jordaan (School of Advanced International Studies, Johns Hopkins University, Washington, USA, Nature Climate Change volume 9, pages 660–665 (2019).
**  CO2emissions from fuel combustion , rapport de l’IEA, 2018.
*** Toute réduction sensible des émissions peut contribuer à tenir les objectifs de l’accord de Paris, autrement dit limiter sans plus tarder le réchauffement climatique à moins 2°C, voire 1,5°C.

 
 
© ALLILI MOURAD-SIPA