Rejets des effluents en mer : une mise aux normes qui change tout

Considérée comme un des berceaux de la production d’alumine à l’échelle planétaire, l’usine Alteo située à Gardanne (Bouches-du-Rhône) avait défrayé la chronique il y a quelques années avec ses boues rouges, qu’elle a depuis cessé de rejeter en mer. De nouveau pointée du doigt pour ses eaux industrielles – qui finissent elles aussi dans la Méditerranée –, elle a fait appel à Veolia qui a imaginé une unité de traitement biologique utilisant des bactéries pour dégrader les matières organiques en suspension. Une première à plus d’un titre.
L'essentiel
Enjeu
Améliorer la qualité des effluents d’Alteo avant leur rejet en mer dans le parc des Calanques, pour lui permettre d’atteindre les normes les plus exigeantes.
Objectif
Apporter une solution durable à un industriel historique de la région PACA menacé de fermeture par un arrêté préfectoral.
La réponse Veolia
Une usine de traitement biologique installée sur site qui, au-delà d’apporter une réponse rapide, permet à Alteo de démontrer sa capacité à se maintenir sur le territoire avec des solutions d’avenir.
Published in the dossier of décembre 2020

Sormiou, sa plage de sable blanc, son eau cristalline et ses cabanons presque centenaires où le temps semble s'être arrêté. Sugiton et son fameux « torpilleur », un rocher depuis lequel les plus téméraires n'hésitent pas à se jeter dans la grande bleue. En-Vau, dont les falaises vertigineuses se méritent après environ deux heures de marche au départ de Cassis.
On pourrait continuer à lister ces noms enchanteurs qui, tout au long de l'année, font le bonheur des amoureux de la Méditerranée et n'en finissent pas de jouer les figures de proue sur les cartes postales de la région.

Ces trésors de la nature, le parc national des Calanques créé en 2012 a pour rôle de les protéger et de les préserver. Une mission de sauvegarde du patrimoine naturel terrestre et marin qui, dès 2015, a contribué à faire cesser les rejets de résidus de bauxite d'Alteo, qui finissaient au large de Cassis depuis des décennies. Après cet épisode des fameuses « boues rouges » qui avait tant fait couler d'encre, l'usine productrice d'alumine a poursuivi ses efforts en se dotant de deux stations de traitement des effluents.
La première, autogérée,a été inaugurée en 2019. Sa petite sœur n'est autre qu'une solution imaginée par les équipes de Veolia.

L'ambition : une remise aux normes de la qualité de ses eaux qui était « tout simplement vitale. C’est bien simple, nous étions sous la menace d'un arrêté préfectoral qui aurait pu stopper net notre activité », rembobine Frédéric Ramé.

Pour le président d'Alteo et son équipe, il était donc « crucial de trouver un partenaire spécialiste du traitement de l'eau, capable de mettre en œuvre une solution jusque-là inédite dans notre industrie. Le tout, dans des délais très tendus ».

Solution globale et clé en main

Des effluents industriels suffisamment propres et oxygénés pour être rejetés tout au long de l'année, quels que soient leur volume et leur qualité : voilà ce sur quoi Anne-Laure Galmel, cheffe de projets pour la région Méditerranée de l'Eau France chez Veolia, a planché durant de longs mois.

« Installée en plein cœur du site historique d'Alteo, l'usine de traitement que nous avons créée fait appel à la biomasse. En d'autres termes, nous avons reproduit ce qui se passe dans la nature, à l'aide de bactéries qui "mangent" la pollution. »

S'ensuivent un traitement physico-chimique pour assurer la décantation et un autre, « de finition », pour éliminer sur des filtres les matières restées en suspension. Ce qui a incité Alteo à plébisciter la proposition de Veolia ?

« Le fait qu'elle soit clé en main. Car au-delà de la technologie, on parle de l'exécution et de la gestion du chantier, d'un accompagnement de tous les instants ou encore de l'exploitation/maintenance assurée pour trois ans », félicite Frédéric Ramé.

Une collaboration efficace

Si elle est aussi robuste, pérenne et bien maîtrisée, c'est que la solution a très vite fait l'objet d'un travail commun entre la Direction Soutien aux métiers et de la Performance, la Direction technique de l'Eau France, OTV DBI (Design & Build for Industry) et le territoire Bouches-du-Rhône – Val de Durance côté Veolia, et Alteo.
Une première phase – de fin 2016 à fin 2018 – a notamment permis de déployer deux pilotes testés sur site durant deux mois, en 2018.

« Avoir des interlocuteurs aussi aguerris et constants – dont un chef de projet Rejets en mer habitué aux problématiques environnementales – a largement fluidifié notre collaboration avec Alteo. On a senti de leur part une réelle mobilisation pour le projet », loue Anne-Laure Galmel.

Début 2019, Veolia remet un avant-projet de la solution qui achève de convaincre son partenaire. Quatorze mois, confinement inclus, ont au final été nécessaires pour conceptualiser et réaliser les installations mises en service durant l’été.

« Le contexte a été compliqué mais tous les acteurs ont su faire face. Comme nous, les équipes de Veolia se sont adaptées. Leur implication et leur capacité à prendre les bonnes décisions ont joué un rôle clé », confirme Frédéric Ramé.

Résultat : une qualité d'eau rejetée jamais obtenue à ce jour.

« C'est une première, à la fois pour Veolia qui n'avait pas encore traité ce type d'effluents, mais aussi dans le monde de l'industrie où une telle qualité d'eau en sortie d'usine n'avait jamais été atteinte. Nous sommes, depuis juillet dernier, bien en dessous des normes imposées », observe Anne-Laure Galmel, qui espère que ce projet inspirera d’autres entités du Groupe.

En attendant, cabanoniers, plongeurs et promeneurs du parc national des Calanques peuvent dormir sur leurs deux oreilles...

Données clés

• Les 2 stations ont une capacité de traitement de 300 m3 d'eau par heure.

• Le parc national des Calanques reçoit entre 1,5 et 2 millions de visiteurs (par terre et mer) chaque année.

• On dénombre 60 espèces marines patrimoniales et 140 espèces terrestres animales et végétales protégées au sein du parc national des Calanques.

 


Chine : l'intelligence artificielle au service de la qualité des eaux

Un check-up des eaux stockées en citernes (réseau secondaire d’approvisionnement) qui passe de 10-20 secondes à... 0,49 seconde : voilà le saut de performance qu'a permis « AI Audit System » pour faciliter le nettoyage des réservoirs gérés par les communautés urbaines du district de Pudong (Shanghai).

Ce concept, imaginé par Shanghai Pudong Veolia Water Corporation Limited, s'appuie sur l'intelligence artificielle (IA) pour analyser les photos des réservoirs d'eau.
Mis en place en avril dernier – en pleine crise sanitaire – et fonctionnant sans interruption, ce système de vérification contribue à améliorer l'organisation du travail de nettoyage et, fort logiquement, son efficacité.

Résultats : un taux de réussite des opérations de nettoyage qui grimpe de 10,22 % et un autre qui qualifie la qualité de l'eau après nettoyage à 100 % ! Une aubaine pour cette région qui compte plus de 5 millions d'habitants, et où la réglementation impose deux nettoyages des réservoirs d'eau par an.
Depuis la mise en place de ce système d'audit accéléré par l'IA, pas moins de 27 000 réservoirs ont pu être vérifiés. Rien d'étonnant à ce que la ville de Shanghai envisage cette solution pour assurer l'ensemble de ses check-up...