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18 juillet 2019

En pleine crise hydrique, la ville indienne de Bangalore s’efforce de retenir l’eau

Dévorée par une expansion technologique, immobilière et démographique mal maîtrisée, Bengalore a pris un retard considérable dans la gestion de ses réserves hydriques. La « Silicon Valley » indienne, dont la population a triplé en 30 ans, aura ainsi épuisé ses nappes phréatiques d’ici à 2020.

Devenue en l’espace de 20 ans un hub technologique et l'une des cités les plus dynamiques du sous-continent, Bengalore vit une crise hydrique sans précédent. N’étant pas construite sur un cours d’eau, la 3e mégapole de l’Inde, qui comptait plus de 260 lacs artificiels en 1960, n’en recense plus que 80, écologiquement morts pour la plupart.

Une responsabilité imputable aux autorités municipales,  qui n’étaient pas préparées au boom démographique et urbanistique de la ville. La Commission de l’alimentation en eau potable et de l’assainissement  de Bangalore (BWSSB), en charge de la gestion de l’eau, ne peut en fournir que dans 60 % de la ville environ. Son président, Tushar Giri Nath, le déplore : « Les prix élevés du foncier compliquent l’acquisition de terrains pour y installer des réservoirs et autres infrastructures. »

Comme l'eau souterraine ne suffit plus, la ville pompe désormais dans une rivière située à une centaine de kilomètres de la ville, la Cauvery, par ailleurs source de conflit de partage des eaux avec l’État voisin du Tamil Nadu (sud). Chaque jour, 1,4 milliard de litres d’eau approvisionnent uniquement le centre-ville, soit 60 % de la population. Ce qui amène les habitants de la périphérie à procéder à des forages sauvages ou à dépendre des camions citernes gérés par des entreprises privées. Mais, la nécessité de forer de plus en plus profond a multiplié par 3 le prix par réservoir au cours des 15 dernières années.

 Et pourtant, des solutions écologiques existent. Ainsi, depuis 2009, le BWSSB assure la promotion de la récupération de l'eau de pluie — des milliards de litres arrosent le pays durant la mousson —, et exige l’installation de systèmes intégrés de captage dans tous les complexes résidentiels. « Mais malgré des dizaines de milliers de contraventions, moins de 10 % de l'eau de pluie de Bangalore est collectée », souligne Ammanaghatta Rudrappa Shivakumar, expert à l'Indian Institute of Science. En cause, selon lui, le manque d'incitation des habitants à économiser de l'eau: les subventions gouvernementales sur les canalisations, les bouteilles d'eau et les citernes font chuter le coût de la ressource : moins de 1 dollar pour 1 000 litres d’eau.

© Aijaz Rahi/AP/SIPA