Interview avec Philippe Seberac

« Pour traiter les micro-plastiques, il faut d’abord savoir les caractériser »

Philippe Sébérac, directeur Technique & Performance Eau - Veolia

Philippe Sébérac

Qu’appelle-t-on microplastiques ?

Il n’existe pas de définition rigoureuse. En ce qui nous concerne, nous prenons en compte tout ce qui est de l’ordre de 0,1 micromètre (0,1 μm) à 5 millimètres. Autant dire que nous dépassons le « micro ». En réalité, le vrai micro pour nous se situe entre 0,1 μm et 1,2 μm. Mais toute la gamme de micro-plastiques jusqu’à 5 mm peut avoir un impact sur la santé et sur l’environnement et doit donc être étudiée.

D’où viennent-ils et où les trouve-t-on ?

La principale source des micro- plastiques est la dégradation des macro-plastiques dans l’environnement. S’il y a énormément d’origines possibles des micro-plastiques, les outils analytiques pour les caractériser ne sont aujourd’hui ni verrouillés ni stabilisés. Nous ne disposons pas d’éléments normalisés pour avoir une photo de l’ampleur de la problématique et ce qu’il est pertinent de traiter. Parmi les quelques indications disponibles, nous connaissons par exemple le volume de fibres de micro-plastiques que rejette un lave-linge, l’un des gros contributeurs dans l’usage domestique ! Mais quid de la part de la circulation automobile ou du sort des fibres de plastiques présentes dans l’air lorsqu’elles retombent dans l’eau ou sur le sol ?

Sait-on comment les traiter ?

Veolia dispose déjà des procédés et du savoir-faire technologiques, donc le traitement, nous savons faire ! Mais pour que toute action soit pertinente économiquement et efficace écologiquement, il faut savoir où et comment traiter. Or on n’agit pas de la même façon dans tous les milieux ni sur tous les types de plastiques. La première étape, c’est donc de caractériser les micro-plastiques. C’est-à-dire savoir où ils sont, d’où ils viennent, quels types de résine plastique les composent, comment les traiter, à quel moment… Or l’outil qui permettrait de le faire de manière suffisamment fine et précise n’existe pas encore. Nous travaillons donc à comprendre comment se distribuent les micro-plastiques dans l’environnement pour mieux définir où faire les traitements : à la source ? à la sortie de la station d’épuration ? en amont des usines d’eau potable ? un panachage de l’ensemble ?

Sur quelles méthodes de caractérisation vous appuyez-vous ?

Elles diffèrent selon la taille des particules de plastique. Comme je le disais, nous travaillons sur un spectre large, allant jusqu’au demi-centimètre. À cela s’ajoute la caractérisation qualitative. Il nous faudra préalablement identifier la nature des polymères en jeu, en nous limitant aux plus courants, car leur comportement n’est pas tout à fait le même. Un autre sujet porte sur les additifs utilisés pour différents usages, comme faciliter la polymérisation. Ils ont souvent un impact sur la santé humaine, de type perturbation endocrinienne, le plus courant. Nous disposons ici d’un outil d’empreinte chimique développé par le centre de recherche de Veolia. Grâce à lui, nous savons analyser les additifs. En revanche, nous ne savons pas encore analyser les fibres de façon normée et stabilisée, ni les détecter à des tailles plus ou moins variées. Et ne pouvons recueillir pour l’instant des résultats inter-comparables permettant de définir une stratégie.

Comment avancer alors pour développer cette recherche ?

Aujourd’hui, le Groupe est engagé dans plusieurs programmes de recherche en France. Nous travaillons avec des labos en France et au Danemark pour caractériser et quantifier les micro- plastiques en nature – types de molécules concernées – et en taille. Nous étudions également les impacts éco-toxicologiques des micro-plastiques sur tous types de planctons, la microfaune et quelques petits poissons. En partenariat avec une collectivité du littoral, nous testons une caractérisation sur l’ensemble d’un bassin. Après analyse des flux qui entrent dans les STEP et partent dans le milieu naturel, nous suivons l’évolution de tout cela sur la frange côtière qui alimente la zone pélagique. En résumé, nous cherchons à savoir : quels micro- plastiques ? où sont-ils produits ? Comment se diffusent-ils dans l’environnement et quelle est l’interaction avec le système de traitement des eaux – potable et assainissement ? Au final, il s’agit pour Veolia d’élaborer avec ses clients une stratégie de traitement des micro-plastiques à l’horizon 2020.

POUR EN SAVOIR PLUS : 
Tara Méditerranée, microplastiques, pollution à la dérive.
Ressourcer le monde

 

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