La vertigineuse ascension des obligations vertes

Les obligations vertes (green bonds) — à la fois sociales et durables — devraient continuer à s’envoler en 2020, en hausse de 24 %, pour atteindre 400 milliards de dollars*. Le rythme d'émissions dépasse les attentes, stimulé par la forte demande d’investisseurs soucieux de durabilité. Pour autant, la notion d'obligation verte reste un concept flou et aucune règle spécifique à ce marché et contraignante n'existe aujourd'hui…

Levier important de la transition écologique et énergétique, les obligations vertes se distinguent des obligations classiques par le bénéfice environnemental attendu du projet financé. Grâce à l’impulsion de l’accord de Paris sur le climat en faveur d’une économie mondiale neutre en carbone, ces green bonds connaissent une croissance saisissante, passée en quelques années de zéro à plusieurs centaines de milliards de dollars**.
 
Si les grandes institutions financières — Banque mondiale et banques de développement — ont joué un rôle moteur dans cet essor, l’arrivée de nouveaux acteurs — entreprises, États, fonds souverains… — a élargi l’écosystème d’investissement. Ce sont de loin les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique qui mobilisent l’utilisation de ces fonds, bien que d'autres sujets pointent : gestion durable des déchets et de l'eau, transport propre…
 
Dans ce marché obligataire relativement jeune qui se développe à vitesse grand V, les green bonds représentent une part relativement faible de la capitalisation totale. L’entrée des gros émetteurs d’obligations que sont les États commence à changer la donne. Dans le sillage des pionniers — France et Pologne —, nombre d’émetteurs se concentrent sur les impacts du changement climatique et les solutions de résilience.
 
Ainsi, l'ONU indique que 60 pays — dont la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni — ont l’intention d’atteindre à terme le zéro net émission carbone dans leur production d’énergie. Reste que l’un des plus grands émetteurs de carbone, la Chine, n’avance aucun objectif de la sorte… Mais figure, avec les États-Unis et la France, dans le top 3 des plus grands émetteurs d'obligations vertes !
 
L’appétit grandissant des États pour cette source de financement fait progresser l'émission verte souveraine. À l’avenir, une large part proviendra de pays y ayant déjà eu recours, comme la France ou la Pologne. À ce titre, le Green deal de l’Union européenne sur l’ambitieux financement des projets climatiques pourrait être une sérieuse incitation pour les États-membres à émettre des obligations vertes.
 
La dynamique d’un marché d'obligations vertes de qualité dans les pays émergents comme le Chili, contraint d’y recourir faute d’espace budgétaire, suscite désormais l’intérêt des investisseurs.
 
Face à l’ascension inexorable de la finance durable, l'ensemble de l'industrie financière doit répondre à l’enjeu de mesure et de structure de ce marché. Sur plusieurs critères : une définition réglementaire et des standards universels, une réglementation et une certification autour de la labellisation green bonds, la communication (transparence, publication d’information…), le rendement, la liquidité ou encore la diversification du portefeuille.
 
 
* Moody's Investors Service, report “Sustainable Finance – Global: Green, Social And Sustainability Bond Issuance To Hit Record $400 Billion In 2020”
 
** Les mille milliards de dollars (891,50 milliards d’euros) devraient être atteints à la fin du premier semestre 2021, si on prend en compte les obligations vertes, sociales et durables (Estimations de la banque britannique HSBC, rapportées par Bloomberg.com).
 
Source : https://seekingalpha.com/article/4326004-ascent-of-green-bonds

© Colin Ziemer / AP / SIPA