Bièvre

Bièvre (France)

Un modèle à suivre pour éviter les crues

Depuis soixante-dix ans, en Île-de-France, le Syndicat intercommunal pour l’assainissement de la vallée de la Bièvre (SIAVB), tente de maîtriser les débits capricieux de cette rivière, tout en garantissant la qualité de ses eaux. Avec Veolia, le Syndicat a mis en place un dispositif de gestion automatisée des crues devenu une référence mondiale en matière de lutte contre les inondations. Un projet d’autant plus remarquable que 130 km2 du bassinversant de la Bièvre, situé près d’une grande métropole, présentent de fortes disparités territoriales entre des zones fortement urbanisées et des espaces agricoles et naturels.

Enjeu

Améliorer la résilience de la vallée de la Bièvre face aux inondations.

Objectif

Réguler en temps réel les débits de la Bièvre et de ses affluents via des solutions d’adaptation.

La réponse Veolia

Mettre en place un système de télégestion optimale des crues de la vallée de la Bièvre, au service de la collectivité.

Peu de Parisiens savent que la Bièvre rejoint la Seine en plein coeur de la capitale, alors même que sa source se situe à 36 kilomètres de là. Elle serpente à travers la grande banlieue, sur 20 kilomètres, pour disparaître sous les rues bitumées de Paris. Ce cours d’eau, souterrain dans sa partie aval, est pourtant bien visible en amont dans la haute vallée de la Bièvre, et fait l’objet d’une surveillance étroite et continue. Car sur le « territoire du SIAVB », les débits de cette rivière et de ses affluents, soit 38 kilomètres cumulés de cours d’eau, sont capricieux et peuvent déclencher des catastrophes humaines et financières considérables en cas de fortes pluies. En juillet 1982, en moins d’une journée, 7,5 millions de mètre cubes d’eau inondent la vallée, causant d’importants dégâts. Avec seulement deux bassins existants sur le cours de la Bièvre, les capacités de stockage et d’évacuation sont à l’époque bien insuffisantes face au volume déversé.

Bièvre

Vers la télégestion du réseau hydrographique

Après cet épisode, 17 bassins de retenues d’eau et des digues sont aménagés, créant une capacité de stockage actuelle de 800 000 m3. Le président du SIAVB, Thomas Joly , se souvient encore de la crue de 1982, qui fut l’élément déclencheur de la mise en place d’un dispositif efficace de lutte contre les inondations : « Avant la création de ces bassins, on était les pieds dans l’eau, et ça pouvait arriver tous les dix-huit mois. Les inondations coûtent cher aux assurances et aux particuliers qui doivent changer leur mobilier, refaire leurs peintures. » Une première phase de travaux est lancée avec Veolia en 1991, afin de télégérer ces bassins, capables de stocker ou d’évacuer des volumes d’eau en fonction de la pluviométrie.

« Mais toutes ces retenues statiques ne suffisent cependant pas à endiguer entièrement le ruissellement du bassin-versant de la Bièvre face à des pluies de plus en plus violentes et souvent irrégulières », note Bernard Willinger chargé de la gestion du projet chez Veolia. L’ingénieur poursuit : « Nous sommes dans une vallée à forte emprise foncière, avec des contraintes spatiales qui ne permettent plus d’augmenter les capacités de stockage. »

Protéger la vallée des temples d’Angkor et sa population des inondations, une mission solidaire

Ankgor

Dans la jungle cambodgienne, la capitale de l’ancien empire khmer repose sur un immense réseau de canaux et de bassins qui a cessé de fonctionner au fil des siècles. Ce dispositif hydraulique, fragilisé par les crues des dernières décennies et le dérèglement climatique, au coeur d’un environnement mis à mal par la pression démographique et le tourisme de masse, bénéficie depuis 2012 de l’aide d’un projet franco-cambodgien : Paagera (Projet d’amélioration de l’assainissement et de la gestion des eaux de la région d’Angkor).

Angkor

Sous l’autorité de l’Apsara (Autorité pour la protection du site et de l’aménagement d’Angkor) et soutenu par plusieurs partenaires*, Paagera s’appuie sur l’expertise d’acteurs de l’eau et de l’assainissement pour harmoniser les débits d’eau entre saison sèche et saison des pluies.
L’expérience du SIAVB et de Veolia dans la vallée de la Bièvre a fourni une première réponse technique : un dispositif de télémétrie déployé en 2014 permet désormais de réguler le réseau hydraulique d’Angkor. Après une première phase de développement, lors de laquelle les flux du réseau hydraulique ont été modélisés et 20 premières stations de mesures hydrauliques installées, une nouvelle phase a démarré en 2018. Elle vise la mise en oeuvre d’une télégestion aboutie des flux hydrauliques en trois étapes :
• création de 22 sites de télémesures en temps réel ;
• mise en place de 10 sites d’automatisation des vannes ;
• pilotage à distance et gestion dynamique des flux sur le long terme.

Aussi, en 1993, le SIAVB confie-t-il à Veolia un contrat de maintenance et de services pour assurer un suivi et une gestion hydraulique en temps réel et en toutes circonstances.

Le Groupe met alors en place un contrôle intelligent de tout le réseau hydrographique : la télégestion des bassins avec « optimisation des transferts de flux des débits de l’amont vers l’aval ». Dans un premier temps, des séries de capteurs sont installées pour surveiller et maîtriser à distance les débits de la Bièvre et de ses affluents, en actionnant des vannes de contrôle en sortie des bassins de stockage. Le ruissellement est modélisé à l’aide d’images satellites, afin de planifier des stratégies de réponses aux situations critiques. Objectif du SIAVB : permettre à la Bièvre et ses affluents de se répandre si nécessaire dans des zones d’expansion prévues à cet effet, gérées de concert par les agriculteurs et les collectivités locales. Une démarche qui garantit également la qualité des eaux et le maintien de la biodiversité.

Une catastrophe évitée en 2016

Dès 1993, tout le système est géré grâce à un ordinateur central, une première mondiale à l’époque.

« Les équipes de Veolia mettent à disposition de la collectivité une gamme complète de solutions pour une gestion optimisée des transferts de flux, en permanence et en temps réel, vers l’aval, précise Bernard Willinger.

En période de crue, nous pouvons alors réguler ces cours d’eau en limite de débordement, sans qu’ils ne débordent, jamais ! » Une réussite incontestable : grâce à l’action conjointe du Syndicat et de Veolia, les crues de mai 2016 – 80 mm de précipitations continues enregistrées en 2 jours – n’ont causé aucun sinistre pour les riverains. A contrario, durant ce même épisode pluvieux, sur une autre rivière dans une vallée proche, qui ne bénéficie pas des mêmes infrastructures, les riverains ont subi des dégâts évalués à 35 millions d’euros.

Un système ouvert, capable de s’adapter

Le système de prévision et de gestion optimale des crues de la vallée de la Bièvre opéré par Veolia s’enrichit chaque année des données collectées au plus près du terrain. « Un système ouvert, précise Bernard Willinger, qui permet de proposer des outils en évolution constante, à l’exemple de modèles informatiques et mathématiques qui décryptent l’impact des pluies prévues à l’échelle du bassin-versant en temps réel, à partir de l’imagerie RADAR. Ce qui nous aide à mieux prévoir le comportement des rivières face aux précipitations, en prenant en considération la saturation des sols, selon qu’ils se situent en zone urbanisée ou rurale, avec des coefficients de ruissellement qui diffèrent évidemment. Et à adapter en conséquence notre gestion de transferts des flux, pour protéger durablement les riverains, notre priorité. »

Un modèle qui s’exporte… jusqu’au Cambodge

Le système de gestion automatisée des crues de la Bièvre s’est ainsi fait connaître au-delà des frontières franciliennes, en France comme à l’étranger. Et notamment au Cambodge, où se situe un haut lieu du patrimoine mondial de l’humanité : la vallée des temples d’Angkor. Tous situés au coeur d’un réseau ancestral de canaux construits à l’apogée du royaume khmer, au XIIIe siècle, il fallait les rénover afin de protéger le site des inondations (voir ci-contre).

Le projet est « entièrement fondé sur l’expérience acquise dans la vallée de la Bièvre, souligne Thomas Joly. Nous travaillons avec la fondation Veolia à retenir les eaux autour des temples afin de stabiliser les terres sur lesquelles ils sont bâtis. »

Chiffres clés

16 communes soit 200 000 habitants
3 départements
130 km2 (superficie du bassin-versant de la Bièvre concernée par le projet)
20 km au sud-ouest de Paris + 18 km d’affluents en surveillance continue
17 bassins de stockage d’une capacité de 800 000 m3

 

*Principaux partenaires : Veolia, la fondation Veolia, le service public de l’assainissement francilien SIAAP, le SIAVB, l’association des Amis d’Angkor, l’Apsara.

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