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26 juin 2019

Villes et stratégies climatiques : un potentiel d’études de cas sous-exploité

Une étude scientifique passe au crible plus de 4 000 études de cas liées aux solutions urbaines face au dérèglement climatique*. Constat : cette mine de données disponible privilégie les grandes conurbations au détriment des villes de taille plus modeste. Les auteurs de l’étude pointent également le manque d’analyse et de comparaison appropriées, ce qui permettrait de mieux tirer les leçons des expériences déjà mises en œuvre.

Quatre chercheurs ont pu recenser dans les bases de données internationales du Web of Science et de Scopus**, 4 051 études de cas à partir seulement de deux mots-clés : « urban » (urbain) et « mitigation » (atténuation). Dès que le nom d’une ville était mentionné, dans le titre ou dans le résumé de l’article repéré, celle-ci était prise en compte.
 
Spécialistes des typologies urbaines, ils ont remarqué une surreprésentation des études de cas portant sur les mégalopoles (entre 1 et 10 millions d’habitants) dans la littérature existante, alors que seuls 12 % de la population mondiale y vivent, au détriment des villes de taille plus modeste (en dessous de 300 000 habitants)., où 43 % de la population mondiale résident,  Ainsi, Pékin, Shanghai, New-York, Londres et Tianjin sont les plus régulièrement citées, plus d’une centaine d’articles pour chacune. C’est un biais, selon les auteurs de l’étude, parce qu’il ne prend pas en compte les expériences des villes de taille moyenne ou petite en matière de solutions d’atténuation au dérèglement climatique. 
 
Les quatre auteurs pointent également un autre biais : la distribution géographique de ces articles est très déséquilibrée. Les auteurs observent ainsi que l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Océanie sont fréquemment citées, au détriment de l’Afrique et d’une partie du continent asiatique (le réseau des villes moyennes). C’est d’autant plus regrettable que les perspectives d’une forte croissance démographique mondiale à l’horizon 2030 se situent justement en Afrique et en Asie.
 
Les chercheurs proposent des outils d’analyse et de comparaison des villes — méthodes scientométrique et d’apprentissage automatique (machine-learning) —, en regroupant des volets de recherche urbaine qualitatifs et quantitatifs à ce jour encore étudiés séparément. 
 
Pour eux, l'agrégation des cas et leur compréhension par le prisme des typologies urbaines restent peu développées dans les travaux et les évaluations examinés par leurs pairs. La priorité est donc bien la culture d’apprentissage et de synthèse : étudier les contextes inconnus, rendre les études de cas individuelles disponibles pour des revues systématiques, accroître l'ambition de la recherche comparative et mener des revues plus complètes de la littérature consacrée aux études de cas. 
 
« Ces “biens publics” nécessitent des investissements importants en temps et en efforts. Et pour une science urbaine mondiale véritablement synthétique, aucune étude de cas ne doit être laissée pour compte, » rappellent-ils.
 
 
* “Learning about urban climate solutions from case studies”, William F. Lamb, Jean-Christophe Minx et Max Callaghan, de l’Institut de recherche Mercator, Berlin, Allemagne, et des Sciences de la terre et de l’environnement, à l’Université de Leeds, Angleterre ; Felix Creutzig de la Technische Universität, Berlin, Allemagne. Revue, Nature Climate Change, Avril 2019.
 
** Le Web of Science, service d’information universitaire en ligne ; Scopus est le nom de la base de données de l’éditeur scientifique Elsevier.
 
 
En savoir plus : 
Conférence Veolia : Climat et maintenant

 

 

© Christophe Majani d'Inguimbert- Photothèque Veolia